Vendredi 29 janvier 2010 5 29 /01 /Jan /2010 22:43
 

Ciao Italia

 

Et il se dit, « si tu commençais à écrire ton dernier blog ? » Alors il vit que cela était bien, et continua.

 

Ainsi a débuté le dernier mois de cet Erasmus, donc également le dernier mois de vie de ce petit espace privé dans lequel vous venez peut‐être de temps en temps lire mes imbécilités erasmusiques, je me suis rendu compte que mon blog est arrivé au niveau 2 sur 100 de confiance, j’en suis absolument ravi, il ne manquerait plus que l’on se mette à prêter attention à mes boeuferies.

 

Tout ça pour dire que la fin arrive à grands pas, et que je me précipite dans les activités les plus diverses afin que celui‐ci passe vite mais sans sentiment de manque et de non‐faits, de non‐dits, de non‐vécus. Toutes ces petites choses que l’on prévoyait depuis le début, se rendre çà et là, faire une telle fête ou l’autre, en toute impunité, et bien, lecteur, je le fais, au jour le jour.

 

Tout d’abord il serait bon de parler un peu de la fin 2009, que j’ai passée avec mes très bons amis vaudruziens Don Poy (je tiens à garder l’anonymat), Metro et sa Belle, qui étaient venus dans le Veneto. Ceux‐ci ont eu l’excellente idée de prendre un hôtel pas loin de Venise plutôt que de venir squatter mon chez moi et ainsi éviter des heures de train superflues. L’hôtel trouvé, cap sur Venise pour les premières visites, les premiers bistrots, les Spritz, le vin, les serveuses, la vie. J’avais la chance de disposer d’un appartement délaissé pour quelques temps par mon amie Laura, afin de ne pas avoir à rentrer tous les soirs. Nous nous quittions donc à l’heure du dernier bus, comme au pays, avec un rendez‐vous plus ou moins matinal le lendemain.

 

Le deuxième jour, nous avons marché dans Venise, puis pris le Vaporetto sur le Canal Grande, qu’il faut au moins avoir fait une fois dans sa vie, puis avons visité les iles dont je vous ai déjà tant parlé, et, de retour sur Venise, avons commencé un apéro au Remer. Ne vous ais‐je pas encore parlé du Remer ? C’est un endroit merveilleux, inconnu des touristes, dans lequel tu paies ton verre un euro de plus que partout ailleurs, mais où tu as accès à un buffet génial d’amuse‐gueule et de pâtes pendant deux heures. Après, les prix redeviennent normaux, et le buffet cesse, mais il y a la pianiste du Florian qui arrive (ne vous ais‐je pas encore parlé du Florian ? mais vous le connaissez enfin, c’est le bar le plus chic de Venise, sur San Marco, dans lequel tu paies ton espresso 6 euros 50 au lieu de 90 centimes, eh oui, et il y a une pianiste qui vient terminer sa soirée au Remer, elle joue du violon aussi, quelle femme, quelle grâce), et avec laquelle nous restons scotchés pour encore une heure ou deux avant de finir dans un pub irlandais (sic) pour assouvir la soif de bière de mes invités, qui n’aiment pas notre vin en bouteille de plastique.

 

Pauvre Metro, son pied le faisait souffrir terriblement et Venise en étant handicapé, ce n’est pas la joie, puisque les touristes, ces sombres crétins, ces pauvres imbéciles, paient bien plus cher que ce que cela vaut, les allers et venues en Vaporetto, ma dai ! et que c’est donc à la force des gambettes que l’on se promène. Alors, le jour suivant, nous avons fait moins fort, un peu San Marco, un peu Rialto, un peu Zattere, où, lors de la pause café d’après le repas (je tiens d’ailleurs à me moquer une fois encore de toi, Don, d’avoir, contre mes admirables conseils, pris un plat de lasagne au lieu d’une pizza, car ici, un plat de lasagne est une entrée onéreuse, tandis qu’une pizza… enfin, je ris encore de ton regard d’enfant déçu par son cadeau de noël, voyant ton ridicule carré de lasagne à dix euros arriver devant toi, en même temps que nos pizzas succulentes et abordables), nous avons rencontré Nietzsche et sa femme (sa femme ? Ce n’était donc pas lui) dans le bar.

Un couple de Français d’une grande gentillesse (mais si), dont la moustache de monsieur nous racontait de folles histoires sur la situation politique de ces derniers temps, les voyages, la jeunesse, ses filles en Erasmus à Rome, et autres choses du genre. Une belle rencontre. C’était le 31, et après une ou deux bières, nous sommes, après avoir fait quelques courses sommaires et un détour par un bar terrible que je ne connaissais pas encore, le Hollandais Volant, retournés dans le centre de Venise pour être accueillis chez Sebi et Johanna et commencer la soirée.

Quelle soirée !

 

Minuit, San Marco, pas de bottes, acqua alta, Olandese Volante… perte de mon amie Laurence chez qui je devais dormir. Que faire ? Mes Suisses ont un hôtel, je prends le bus spécial nouvel an avec eux, je m’infiltre dans l’hôtel, j’y dors d’un sommeil de plomb jusqu’au lendemain.

 

Bonne année !!

 

Evidemment, les bus ne sont pas aussi fréquents le premier de l’an que les autres jours, il nous aura fallu attendre une bonne heure pour pouvoir retourner sur Venise, et trouver un pauvre bistrot ouvert dans lequel nous nous sommes faits mais alors arnaquer comme jamais je n’avais vu ça, pardon encore mes amis, de vous y avoir menés, mais c’était ça, ou la pizza super cher de Piazzale Roma qui arnaque les touristes… quoique on s’en serait mieux sortis peut‐être.

Portogruaro, rires, amitié.

 

Le dernier jour de mes visiteurs, nous fîmes deux groupes, un au palais des Doges, l’autre à la Basilique San Marco, qui est une splendeur, je ne l’avais encore pas faite (comptez quand même une douzaine d’euros si vous voulez tout voir, entrée gratuite, mais Trésor, Tableaux et sommet de la basiliques payants). Puis, simplement, le retour en train pour eux, le cinéma pour moi, et le début de ma fin en solitaire.

 

Cette fois je dois travailler ! J’ai passé un certains temps sur un dossier à propos de ce bon Jean de la Bruyère, puis, encore, sur Proust. Mais quel bonheur finalement : personne n’était revenu encore, ma solitude bienvenue m’a permis de faire une avance terrible, et de prévoir la suite de mon séjour.

 

Programme : Naples, Rome, Slovénie.

 

Je pensais me rendre à Naples entre le 10 et le 15, mais ce n’est pas depuis un train de nuit que je vous écris, tant pis. Rome, je ne pourrai pas la faire, quel dommage, l’idée même de me traîner devant les gardes suisses m’est si alléchante, enfin, une autre fois. Me reste alors la Slovénie, que je suis allé visiter les 5 et 6 de janvier.

 

Ljubljana

 

Au départ, je devais aller là‐bas avec une belle Belge toujours motivée à faire plein de trucs, et du genre à se rétracter à la dernière minute, ce qu’elle fit, invoquant une bonne dose de travail (les architectes, contrairement à moi, ont un effort affolant à fournir, même en Erasmus). Je partis donc seul, à 22h22 de mon Portogruaro pour cette capitale inconnue. Dans le train, rencontre avec un couple d’Australiens qui fêtent la fin de leurs études en se tapant les bonnes villes d’Europe (qu’on m’explique ce qu’ils sont allés faire à Sion !!!!), et d’un Français pour le moins étrange mais fort sympathique, qui dormait dans le même hôtel que moi, passait moins de 24 heures à Ljubljana, et avec qui, une fois arrivés à bon port (à deux heures du matin), nous décidâmes de visiter la ville.

 

Nous commençâmes par un centre alternatif à côté de notre hôtel, respectivement une ancienne prison militaire retapée, qui était très intéressant. Un concept qu’évidemment, dans notre bonne Suisse, il serait impossible de réaliser. Les bâtiments pour le moins dévastés, ont été sauvés par l’Etat, et laissés à la disposition des artistes du coin. Il y a donc toujours des expositions, un bar indépendant ouvert le jour, et un autre bar, dans une autre vieille baraque de bois, dont le temps viendra de vous en parler, où l’on trouve à boire et des gens à toute heure du jour ou de la nuit.

Pour l’anecdote, en passant devant ce bar le matin vers dix et demie, nous avons pu admirer une autochtone blonde style gothique en train de se siffler une bouteille de vodka sur les marches en bois…

 

Une fois la visite d’art effectuée, direction le centre, d’une grande beauté. Château sur la colline, ponts, architecture très Empire Austro‐Hongrois, non pas dénudée d’une forme de finesse à l’Italienne, et de la neige, de la neige, de la neige.

Mes pieds, trempés dans mes vieilles baskets (je n’étais toujours pas équipé pour la saison), ont accompagné mon camarade sur le château, puis nous avons vu le musée national, une église d’une rare beauté, un jardin public dans lequel s’ébattaient des enfants (bruyants) en luge et des chiens sautillant dans la neige virevoltante. Et quand vint l’heure des adieux, après deux bonnes tournées de bière à 2 euros la pinte, je retournai à l’hôtel m’enquérir d’un restaurant traditionnel peu cher, que je trouvai facilement, et dans lequel je mangeai une pièce de cerf marinée dans une sauce aux myrtilles admirable, accompagnée d’une spécialité locale, les “Rools” (en anglais) un café et un alcool du coin, offert par la maison l’alcool, le tout pour trois fois rien, quel beau pays.

 

De retour à mon hôtel, j’avais déjà écumé quelques bars en lisant un livre, livre remarquable, que j’ai découvert grâce à ma chère amie P.D., dont je me moquais des initiales dans un précédent mail, et qu’aujourd’hui je ne saurais assez remercier le geste, tant ma joie, tout au long de cette lecture, jamais ne s’atténua.

Or, alors que je pensais me coucher, afin d’être en forme pour ma journée du lendemain, que je passerais seul dans les rues de Ljubljana, je vis qu’à mon hôtel était donné un concert, par un groupe de la région. De la musique slave, quel bonheur, je restai encore deux heures à papoter avec le barman qui me ravitaillait, et à m’enchanter de ces improvisations bienvenues.

 

Au petit matin, je pris le petit déjeuner, lus une ou deux heures encore dans l’hôtel, commençai un second bouquin du même auteur, et partis pour mon deuxième jour, que je passai à marcher, principalement, et à m’offrir de nouvelles chaussures, les miennes étant décidément trop mouillées.

 

Mon petit budget touchant à sa fin, je m’enfilai, après une marche dans le petit bois entourant le château, une fois la nuit tombée, dans un bar magnifique où je me mis à boire un Cappuccino extraordinaire, tout un dégustant la suite de mon bouquin.

Mais quelque chose attira mon attention, une affiche, sur laquelle étaient notés les prix des consommations… ainsi, je restai un temps assez considérable, seul client de ce café abandonné, à siroter des bières du pays tout en écrivant des bêtises et en lisant. Quand enfin je me décidai à laisser le pauvre maitre des lieux tranquille, j’étais affamé, et un peu titubant. Mais je n’avais plus vraiment assez d’argent pour retourner manger dans ce bon restaurant de la veille, j’entrai donc dans un autre bar pour continuer les aventures d’Alexandre Voisard. Le patron était chaleureux. Sans m’en rendre compte réellement, deux grandes pintes me furent servies, sur une bonne heure encore, les choses devenaient critiques ! Je savais qu’une soirée à thème “Eat all what you can” avait lieu à l’hôtel, et que je pouvais m’y rendre sans y avoir une chambre (puisque je partais à deux heures du matin pour rentrer), mais un doute, des plus heureux, m’assaillit en sortant de mon deuxième bar lecture, car il se faisait tard : auraient‐ils encore de quoi me sustenter à l’hôtel ? Je me nourri donc d’un Kebab délicieux à 2 euros avant de retourner au Celica, au pire, j’aurais toujours assez faim. Ma bonne étoile veillait, car il n’y avait plus rien ! Il n’était que 23 heures, et je commençais, premièrement, à être passablement ivre, deuxièmement, à m’ennuyer sévère ! Je n’avais plus adressé la parole à personne depuis des heures, et je n’aime pas ça. Je retournai donc au centre alternatifs punk‐anarchistes.

 

Le centre, le squat, le décès alternatif

 

Ils étaient tous là. Tous. Le jeune punk ne sachant pas vraiment pourquoi il est là, mais parce qu’il fait partie d’un gang, les choses prennent un sens.

L’homme mort d’ivresse, n’appartenant à aucun mouvement, venant se finir aux bières sans prix que l’on trouve dans ces endroits.

Cet être, les cheveux gras et sales, une ou deux dents en moins, une veste passées et pleine de symboles incompréhensibles.

Et lui, avec son chien se demandant si le sens de la vie doit vraiment être de suivre son maitre près du petit poêle qui chauffe la bicoque.

Voici un couple d’ados qui s’embrasse goulûment, dans un élan d’ivresse indescriptible, se léchant des visages dégoulinants de sueur, collés l’un à l’autre tels deux escargots baveux, et tripotant leurs corps mous à pleines mains, aux yeux de ce vieil homme, barbe jusqu’au torse, qui hurle des théories incompréhensibles à qui veut bien l’entendre, tandis qu’à ma droite, l’homme aux cheveux gras m’appréhende, tu es un touriste, offre moi une bière ! Que nenni ! Partageons ! Et m’introduit à un individu tout droit sorti de la guerre. Crâne rasé, veston de cuir, air sérieux, (anglais pourri, presque autant que le miens) à qui une sorte de sous‐fifre que je n’avais pas encore vu, vint serrer la main (à lui seul), comme en signe de respect, et lui offre une quantité non négligeable de chichon, qu’il me propose, avant de répondre à mon refus :
« tu es un bon, tu ne fumes pas de ça, je te connais, c’est la coke ton truc, tu as raison, ahahah ! »

 

Je faisais des allers et retours entre ce parrain de la mafia locale et le bar (j’appris un peu plus tard par une amie qui était allée à Ljubljiana un mois auparavant, qu’elle avait aussi eu affaire à ce bonhomme !), où la serveuse au visage d’ange, à qui j’aurais bien aimé faire la conversation en serbo‐croate, me servait des pintes infectes. À chaque fois, je retombais sur un type, au bout de sa vie, qui essayait son anglais avec moi. La musique était forte, le DJ ne passait que des airs du pays, ce qui change agréablement de Lady Gaga et Beyoncé, qui sont un peu les cheffes des soirées vénitiennes. De loin, je toisais cette serveuse au visage harmonieux, quand je me rendis compte que quelque chose clochait au niveau de sa tête… il lui manquait quelque chose sur la moitié gauche de son crâne, des cheveux ! Les survivants, joliment attachés, cachaient ce rasage arbitraire d’une rare laideur. Je détournai donc mon regard pour tenter de trouver quelque chose de plus intéressant… impossible. La seule autre dame était cette ado qui se laissait palper par un long benêt, et il aurait fallu avoir faim si je peux me permettre.

 

Alors, dans le froid intense, je partis pour la gare, où j’attendis bien trop longtemps, car les trains avaient du retard. Au petit matin, je m’endormis heureux de mon séjour.

 

Une petite constatation ethnologique au passage, que j’ai pu élaborer en Slovénie, où, évidemment, je ne comprenais pas un mot de la langue locale.

 

Les enfants sont des créatures odieuses et insupportables, dans tous les pays, et quel que soit l’idiome dans lequel ils produisent leurs sons stridents, irritants, et vides de sens !!

 

Retour à Venise

 

Et jeudi, retour chez Romain. Je le retrouve en milieu d’après‐midi, il attendait son partenaire de travail qui était en retard. Lorsque celui‐ci arriva, je reconnus mon chanteur de soirée ! Par chance, il ne portait aucune guitare avec lui. Comme je ne leur étais d’aucun renfort pour travailler, ils renoncèrent pour aujourd’hui. Alors, tout en faisant quelques courses, nous avons invité des gens à nous rejoindre et fait une fête digne des anales !

Le chanteur a ramené des Espagnols, des Chiliens, des Italiens, dont une Sicilienne très sympa.

De notre côté nous avons convié le fleuron de notre crew Erasmus. Au cours d’une conversation animée avec une demoiselle de Sarkozie, je me rendis compte que j’étais à côté de la nièce de Julien Clerc… bon, c’est pas terrible, mais le monde est petit quand même.


Et il est sympa ton oncle ?

Sais pas, mon père et lui se sont brouillés il y a longtemps, et en plus depuis qu’il a commencé à fréquenter la droite et Sarko, ça n’a rien arrangé.

 

Je venais de rencontrer une personne admirable dont le bon côté de la famille était plus Besancenot que Sarko. Quel bonheur ! Rendez‐vous compte, c’est comme si vous rencontriez le petit neveu punk de Freisinger, n’est‐ce pas extraordinaire ?

 

La soirée s’acheva très tard, très très tard, au son de la guitare de l’ami chilien, qui n’avait pu s’empêcher de retourner chez lui la chercher… je me passerai de commentaires pour cette fois, ça ne sert plus à rien je crois. Et en plus, je me suis endormi au milieu de son récital.

 

La haine

 

J’attends depuis bientôt une semaine un coli qui m’a été envoyé en express, dont j’ai un cruel besoin pour un examen qui, aujourd’hui, est dans trois jours, autant dire que je pourrais annuler cet exa. Maudites postes italiennes !! Maudits Italiens en fait, je ne connais pas encore une seule administration qui ait fonctionné comme je l’aurais voulu.


Le clou du spectacle se produisit hier au soir. Je venais de terminer mon commentaire composé sur Proust, et je suis retourné sur le site de l’uni pour m’assurer des dates d’examens auxquels je m’étais inscrit avec succès une semaine auparavant (car il faut s’inscrire en ligne aux examens, un peu comme chez nous, sauf qu’ici c’est abominablement compliqué). Premièrement, une des dates avait changé ! L’exa de dans trois jours est en fait beaucoup plus tard !! Tant mieux pour le bouquin, mais du coup j’ai loupé Naples pour rien, c’est quand même dommage.

Deuxièmement, et ça c’est déjà beaucoup plus rageant, je n’étais inscrit sur aucune liste !!! AUCUNE. Pourtant, il me semble que lorsque l’on lit les inscriptions prenotazione effetuatta, il n’y a pas à tergiverser longtemps. Cette inscription, je l’avais lue et relue cent fois la semaine précédente pour être absolument certain que j’avais bien fait mon petit travail d’Erasmsus tout gentil. Et bien RIEN DU TOUT ne fonctionne avec ces Erasmus !! Du coup je me suis réinscrit trois fois au moins à cet exa (notons au passage que rien ne vous dit “Vous êtes déjà inscrit à cet examen, inutile de le refaire une deuxième fois” ou quoi que ce soit de ce genre) et je ne sais toujours pas si les listes sont mises à jour. Puis, de retour sur la page Proust, sur les listes de laquelle je n’étais toujours pas, je tentai une réinscription éclaire… Prenotazione non effetuatta… on ne saurait être plus clair cette fois ci. Mais pourquoi ? Why ? Perché ? Porqué ? Warum ? aucune information. J’ai donc envoyé mon dossier et prié la professeure de me donner des infos ou, tout du moins, de m’accueillir malgré tout à son examen… je suis désormais, dans l’attente d’une réponse, et je réfléchis à l’éventualité de quand même fuir à Naples en attendant les exas, puisque je suis on ne peut plus prêt… excepté, bien entendu, pour le surréalisme, dont je n’ai toujours pas à ce jour reçu le livre si précieux !

 

Et en terme de scandales, pour l’instant, plus rien, on s’assagit, c’est triste, je mange même sainement durant mes longues journées d’ascète à Portogruaro. Ces traîtres de Venise ne songent à m’inviter chez eux qu’à la dernière minute, quand il n’y a plus de train où qu’ils arrivent si tard que ça ne vaut absolument pas la peine de quitter ma ville, tout fout l’camp ! De plus, il est désormais hors de question de rester dormir là‐bas, tant mes hôtes sont surchargés de travail, et qu’un bonhomme désoeuvré au matin n’est pas le bienvenu dans ce genre de climat. Il sera bientôt temps de rentrer, et de m’installer à Neuchâtel pour éviter toutes ces conneries d’allers et venues en bus, en train, à pied, à cheval ou en voiture.

 

Aïô! on a choisi le mauvais resto

 

Vous souvenez‐vous du Remer ? Il ne fait pas que bar, il fait aussi restaurant après l’apéro, et pour le départ de deux amies chypriotes, nous y sommes aller manger. Ce fut une grossière erreur.

Le charmant petit troquet se veut gastronomique, ce dont nous ne nous sommes rendus compte qu’une fois assis, fournis en vin, et carte sous les yeux.

Nous prîmes donc un premier plat pour 4 personnes (nous étions 8)… car le plat ne se paie pas selon lui‐même, mais par tête… 25€ per testa !!!! Ça fait très très cher le plat, même que c’était délicieux, comme nous étions 8 dessus, pour 12.50€, je n’ai pas vraiment eu l’impression d’être rassasié.

Evidemment, personne ne l’était, alors nous avons pris un deuxième plat qui cette fois valait son prix, mais quel prix.

Au final, entre les plats, le vin, le vin et l’eau (oui ben il faut bien aussi) nous en avons eu chacun pour 40€ … Voilà voilà, c’était la grande bouffe de Venise.

Vengeance, deux jours plus tard j’y suis retourné à l’heure de l’apéro, et je me suis empifré d’amuse‐bouche comme un sagouin… mais je pense que ça n’aura pas beaucoup pesé dans la balance…

 

Examens et fin

 

Le livre est arrivé la semaine dernière, le 25.01. Date d’envoi en express, 05.01. Je remercie chaleureusement la poste italienne pour sa vélocité légendaire. Heureusement, les erreurs informatiques dont j’ai déjà longuement parlé, avaient également échangé des dates d’exa, et ce n’était pas le 18, mais le 28, que je devais faire éloge des Surréalistes romands.

En Italie, il est inutile de chercher une logique quelconque à vos inscriptions pour les examens, en réalité c’est une catastrophe. Que je vous parle de tout cela un peu plus en détail :

 

On ne peut, par exemple, pas trouver le cours par le nom du professeur ou par un mot clé. Il faut absolument avoir le nom correct avec les majuscules è tutti quanti. Une fois que le cour est identifié, il faut bien faire attention à s’inscrire au bon, car plusieurs ont les mêmes noms, mais pas le même nombre de crédits, ou pas les mêmes codes (ah oui, les codes, avec eux non plus on n’arrive pas à trouver le cours… ne serait‐ce pas infiniment plus facile ?), donc attention à ne pas s’inscrire à n’importe quoi. Une fois que tout ceci est fait, il faudra jongler avec les listes d’étudiants inscrits sur lesquelles, en tant qu’Erasmus, vous n’apparaîtrez jamais, et vous creuserez la tête à comprendre quand et comment vous devrez passer vos oraux.

C’est très compliqué, alors comme on ne comprend rien et que parfois certains examens n’apparaissent même pas sur les listes, il faut entrer dans les profondeurs du site internet pour signaler une erreur dans le système, et se faire inscrire par défaut en quelque sorte. Ceci fait, j’envoie un mail à ma prof pour quelques détails administratifs. Il faut savoir qu’en Italie, on vous donne un petit livret de note dans lequel le professeur doit inscrire son appréciation et y apposer sa signature. Sans ce dit livret, vous n’aurez pas vos crédits, car il devra être dûment remis à la responsable des étudiants. Alors pour être sûr que ça fonctionne bien, j’écris à la prof, qui me répond : « Ah bon, vous me confirmez donc votre inscription, vous n’êtes sur aucune liste, et votre camarade de Lausanne non plus d’ailleurs ». Les merveilles de l’informatique…

 

Puis la session commence, première nouvelle, les trains seront en grève les deux jours de mes trois seuls examens… grazie Trenitalia. Je m’incruste donc à Venise pour quelques temps, vais à mon premier exa, jusque là, tout va bien.

Le lendemain, je me ridiculise devant ma deuxième prof, qui me regarde comme le dernier des imbéciles, je n’avais en fait pas vraiment bien compris la nature du cours et n’avais pas répété ce qu’il fallait. Un écrit pas trop mauvais que j’avais dû rendre m’a sauvé la mise, et, toujours en me toisant de sa pitié, elle me dit : « C’est un peu décevant comme oral M. Strahm, je ne vous mettrai donc qu’un 26 ».

Oh, ici on note sur 30, et je me voyais déjà m’humilier, implorant la gente dame d’au moins me mettre le 18 en dessous duquel on recale les étudiants. Quand elle m’annonça la sentence, je la remerciai chaleureusement, elle ne comprit pas, et je m’en allai content, pour mon deuxième examen du jour, et là, ça devient intéressant.

 

C’était mon seul examen en italien, sur les Surréalistes et leur impact en Suisse romande, que j’avais enfin pu préparer puisque mon bouquin était arrivé à bon port.

Comme, sur le site internet, était écrit que l’examen débutait à 9h30, et que celui de français était à 10h, j’avais écrit au prof d’italien pour lui demander s’il savait précisément à quelle heure passaient les concurrents, ce à quoi il m’avait répondu : "vieni a qualsiasi ora ti sia possibile, anche nel pomeriggio".

Car voici une des joies du système italien des examens oraux :

 

 

 

TOUT le monde est convoqué le matin, et ce n’est qu’à ce moment là qu’on te donne une liste, qui n’inclut nullement les heures de passage, seulement l’ordre de passage, puisque le temps est flexible, cela dépend du feeling, de l’humeur, de ce que tu as à dire ou de ce que le prof a à dire. Alors, que faire ? Il faut rester là à attendre ton tour, toute la journée. Et quand je suis arrivé dans l’après‐midi, je me suis mis à poiroter pendant deux ou trois heures, quand le prof s’est enfin rendu compte qu’il y avait beaucoup trop d’inscrits pour faire passer tout le monde le jour même, et de renvoyer quelques volontaires au lendemain, volontaire dont je fis partie, évidemment, puisque contrairement aux autres, je n’attendais pas depuis longtemps.

Ah ! Le temps n’est pas géré ici comme dans notre horloge helvétique, il semblerait même que ces fiers habitants du sud sachent mieux prendre les aléas de l’horaire que nous. C’est assez agaçant, en vérité, pour les habitués du quart d’heure vaudois, ou des examens strictement chronométrés de M. Kristol, mais il y a un côté relaxant à savoir relativiser le charcutage des journées en heures, minutes ou secondes. Au final, j’adhère.

 

Et désormais je suis libre, tout est fini, je rentre à Portogruaro après trois jours sur Venise, faire les derniers rangements et me préparer au départ, dont je ne connais pas encore tout à fait la date. À l'heure où je poste ceci, je ne suis pas encore parmi vous!

 

Il est temps de clore ce blog, après bientôt six mois de chroniques, qui ont passé à une grande vitesse.

 

Volonté de rester, de continuer à vivre ces expériences enrichissantes, jour après jour, sans penser à l’heure du retour, et d’emplir encore sa mémoire d’événements uniques, de lieux et d’êtres.

 

Le souvenir d’une certaine image n’est que le regret d’un certain instant ; mais les maisons, les routes, les avenues, sont fugitives, hélas, comme les années”.



Par Markantoine - Publié dans : Longs trucs
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Dimanche 27 décembre 2009 7 27 /12 /Déc /2009 21:12
 

LAST BUT NOT LEAST… QUOIQUE…

 

Allora, l’ultimo articolo dell’ano duemillenove…

 

Dix ans ça passe velocemente finalement, vous vous souvenez de ce que vous faisiez il y a dix ans, juste avant le bug de l’an 2000 ? Perso je n’en ai aucun souvenir, niente, et ce n’est pas de ça dont je veuille me souvenir et parler ce soir.

 

Mais de quoi parler alors, si près du commencement d’une nouvelle décennie ? Fin des cours à Venise ? Départ des gens de Venise ? Malaise à Venise? Qu’ai‐je fais de décembre ? De ce semestre (hop ! Je vous annonce que nous venons de dépasser les vingt mille mots, qu’est-ce qu’on peut baratiner hein ?), de cette année ? De ces dix ans ? Et du reste ? Eh bien voilà déjà ce sur quoi je ne m’étendrai pas.

Vous n’aurez que décembre, c’est un début.

 

Après Florence, Siena, les villes italiennes ne se ressemblent pas, mais ces deux là sont majestueuses, elles respirent.

 

L’auberge de jeunesse était miteuse à Siena, les bus gratuits, ou du moins avons-nous eu la chance de ne tomber sur aucun contrôleur. Il faut dire que nous sommes arrivés fort tard, et que pour trouver l’auberge qui était bien loin du centre, puis ensuite le centre lui‐même pour croquer quelque chose, on a fait je pense tout le tour de la ville en bus, en se trompant plusieurs fois de lignes… no comment.

N’empêche que le 6 décembre si je me rappelle bien, je me suis fait une petite sieste sur le campo de Siena, en plein soleil !

 

De retour à Venise, ça commençait à bien sentir la fin. Pour tout dire, il a même fallu que je me mette à travailler pour mes cours et faire des dossiers. L’air de rien, les autres se préparaient à rentrer chez eux, on faisait des fêtes successives pour se dire au revoir et toutes les âneries qu’on dit en fin d’année, nous avons même fait un petit noël entre nous, qu’est‐ce qu’on a bien mangé !!

 

Trains de nuit…

 

J’ai eu la visite de Roméo Feller et de sa Juliette un de ces weekends, je crois que Venise les a épuisés. Ils sont arrivés dans l’après‐midi, les heures de train qu’il faut pour faire Neuch‐Venise dans les pattes, puis nous sommes allés chez moi, encore une heure de voyage, et ensuite retour à Venise où nous étions invités pour une de ces soirées‐ciao. Oh, je ne vous dirai pas qu’ensuite, entre les adieux et les tapes dans le dos, nous n’avons pas réussi à attraper notre dernier train, ce serait vous lancer une belle perche pour la moquerie. Ni que pour nous sauver la mise, il nous a fallu retourner en arrière et trouver une bonne âme ayant la place de nous garder jusqu’au petit matin, bonne âme s’étant révélée être… le sale Sicilien !! Me voici redevable envers ce personnage obscur. Peccato !

Tout ça pour éviter de vous dire encore que, fourbus, mes adorables invités se sont réveillés bien tard, et que leur deuxième jour à Venise se fit encore de nuit. Ils ne virent le soleil éclairer les canaux que le dimanche matin avant de repartir pour la Suisse. Cela dit, visite guidée du Palais des Doges quand même, une merveille, évidemment.

Mais on a bien rigolé pendant ce weekend en train.

 

Malaise à Venise

 

Aucun rapport mais tout à fait étonnant, une étudiante de l’un des cours que je suis a fait une crise d’on-ne-sait-pas-quoi en pleine leçon, personne ne savait quoi faire. Rabattue en arrière, cette demoiselle convulsait légèrement et montrait des signes de difficultés respiratoires. Le prof, pas énervé pour deux sous, et nous disant qu’il ne servait à rien de céder à la panique (quelle sagesse), se dirigea vers la pauvresse qui, de manière aussi inattendue qu’elle avait commencé son cirque, s’arrêta et retrouva ses esprits. Décidément, entre les profs qui répondent au téléphone pendant les leçons et ça, on en viendrait presque à regretter l’aula des Jeunes‐Rives !!

 

Tous partis

 

Le 19, je me suis officiellement retrouvé seul erasmus, si l’on excepte un Belge qui reçoit toute sa famille, et n’est donc plus disponible comme camarade de jeu.

L’avantage, c’est que cela me laissait du temps pour faire mes dossiers, et du temps, j’en ai eu, saperlipopette ! J’aurais peut‐être dû titrer ce chapitre autrement, parce que plus ennuyeux que le départ de tous ces Français et autres bavards, je place en tête, Madame la neige !!

Samedi dernier, me levant tard pour tenter de me mettre au boulot, j’entends des drôles de petits bruits, comme ceux d’une goutte de robinet qui fuit, mais dans ma chambre, allons, il n’y a pas de robinet… certes non, mais un toit, il y en a un, et qui fuit, absolument ! « Les Italiens n’ont pas inventé le travail », me disait une vieille connaissance, les charpentes non plus apparemment. Les quatre véluxes de mon joli appartement suintaient joyeusement sous le poids d’une tombée de neige impressionnante ! 30 centimètres sur mon balcon, et pas moins dans les rues. Un fredo di cane comme ils disent et, bien entendu, une rare incompétence de Trenitalia à faire poursuivre le bon fonctionnement de ses wagonnets…

Samedi soir, désireux de retourner une dernière fois sur Venise boire un verre avec Romain avant les fêtes, je suis sorti avec mes petits souliers pas imperméables, sans bonnet ni gants, sur un vélo que j’avais oublié d’équiper de pneus neige (ouhou ! Benito !), pour me rendre à la gare attendre deux heures un train qui ne vint jamais !

J’ai donc passé trois jours dans la plus grande solitude, avant de retourner en cours le 22, et rendre mon dossier que j’avais pu peaufiner à merveille durant ce weekend ascétique.

Une neige pareille en Italie, c’est le bouquet, mais à Venise il paraît que l’eau est montée d’un mètre quarante par endroit ! J’ai vu quelques photos des rues enneigées, très romantique. Bien sûr, la neige n’a pas tenu longtemps, et les trains ont repris leur cours normal.

 

J’arrive déjà au terme de ce huitième blabla, bien pauvre en rebondissements dois‐je dire, il ne s’est pas passé beaucoup de choses notables. Terminons avec le noël à Portogruaro et Venise, en compagnie de Flo et de sa douce. Place San Marco illuminée de mille feux, décorations superbes (ici on échappe aux éternels Pères Noël, aux étoiles filantes et aux grosses bougies dégueulasses de l’avenue du Premier Mars) ruelles pleines de touristes qui veulent voir Venise à Noël, des Japonais à ne plus savoir qu’en faire, basilique St Marc fermée aux non‐Italiens, crèches dans les autres églises, petite bouffe géniale dans un super resto, à côté d’un type ivre mort qui parlait fort et qui faisait tomber tout son vin sur sa table, tel fut notre programme du 25. Le jour d’avant, nous étions allé à Burano, dont j’ai déjà parlé.

 

Parlons aussi des crèches, oui. C’est désormais officiel, Jésus était Aryen ! Glorifions donc sans plus aucun complexe la supériorité de la race blanche en vertu des écrits sacrés ! Alléluia ! Toutes je vous dis, TOUTES les crèches que j’ai pu voir étaient entichées de ce nazillon aux yeux bleus avec ses bras tendus, « venez à moi !! »

 

Enfin bon, blasphémer ignominieusement le 25 décembre devant la blonde progéniture du Tout Puissant, ça c’est fait.

 

Voilà, le dernier est empaqueté, un peu léger peut‐être, ça sent la fin tout ça, je serai bientôt à vous débiter mes exploits en personne dans des appartements de pédant (suivez mon regard), ou des bars à corne.

 

À l’année prochaine et amusez‐vous bien.

 

Auguri a tutti!

 

Par Markantoine - Publié dans : Plus court
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Samedi 5 décembre 2009 6 05 /12 /Déc /2009 11:17
 

SEPT


25.1104.12, environ

 


Un peu de chance

 

L’autre jour, dans mon train clandestin que j’avais décidé de reprendre de temps en temps pour gagner quelques minutes de sommeil, je me suis fait contrôler par un méchant monsieur qui voulait me faire payer 15 euros de supplément. Cazzo, me dis‐je, ça fait pas mal la fraude. Le consciencieux bonhomme me demande de descendre à Mestre, et de venir vers lui à ce moment là pour payer mon amende. Ben voyons, le brave homme.
N’écoutant que ma pingrerie, je descendis à Mestre, un coup d’oeil à gauche, un coup d’oeil à droite, le représentant de la justice ferroviaire était absent. Et je m’en fus rapidement vers un autre quai afin de prendre une correspondance pour Venise. Regardant par la fenêtre, je pus apercevoir mon bienfaiteur regarder de tous côtés pour voir où je m’étais caché, sans succès.

Très bien, je ne prendrai désormais plus ce train qui me conduisait uniquement à mes cours matinaux d’Italien. L’examen est passé, et je me suis distingué d’une note Buono, ce qui me fait bien plaisir pour le coup. Allez, santé !

 

La soirée en prison

 

J’ai rencontré, je crois l’avoir déjà dit, une Suissesse du Valais, chez qui je me suis fait inviter. Elle habite sur la Guidecca, qui est une partie de Venise non rattachée au reste. C’est très joli, il y a une basilique extraordinaire dont j’ai oublié le nom, et un hôtel super méga prestige qui, ai‐je ouïs dire, appartient à l’héritière Hilton.

 

J’ai pris le vaporetto, et me suis rendu sur cette ile pas si déserte que ça, pour ensuite trouver la résidence de cette demoiselle. Résidence pour étudiants, les chambres ne sont pas chères du tout mais il y a un « mais ».

D’abord, la porte de la résidence est une porte de prison, une grille, avec des piques au‐dessus. Puis il y a des caméras et un bureau d’accueil où j’ai dû laisser ma carte d’identité, que je devais récupérer avant 23 heures si je ne voulais pas causer de problèmes à ma camarade. Il y a beaucoup de chambres, je crois qu’ils sont 300 résidants, mais seule une petite partie utilise les infrastructures de l’endroit pour se sustenter ou faire des fêtes.

 

Infrastructures :

 

Pas de cuisine ! Une toute petite pièce ridicule dans laquelle trônent trois ou quatre micro‐ondes

 

Des grands frigos où t’as juste une petite place pour toi

 

Un réfectoire absolument désuet

 

L’interdiction d’organiser une soirée si tu n’invites pas tout le reste de la résidence ! (C’est pas une infrastructure mais c’est dingue quand même !)

 

Pour la première fois de ma vie, donc, j’ai cuisiné, ou plutôt nous avons cuisiné du riz avec un micro‐onde, c’était un peu du bricolage mais le riz était cuit !

 

Le grand avantage de cette soirée est qu’à part Amélie et quelques Anglais, il n’y avait que des Italiens et des Italiennes qui se sont amusés à corriger mes nombreuses fautes, ça fait toujours de l’exercice !

J’ai dû quitter ce bel endroit avant 23 heures pour ne pas me faire jeter dans une vraie prison, et suis rentré à la maison, repus, et bien heureux de ne pas avoir à vivre dans un lieu comme cela… le vieux sauvage qui sommeille en moi n’est pas prêt à vivre dans une grande communauté !!

 

Bienvenue en Suisse

 

Quelques jours plus tard, Perroline, encore elle, et cette fois son nom prend deux r… et pas de flics autour d’elle, m’a invité chez elle pour un petit souper. Je dois dire que j’ai été très surpris en bien. En arrivant, les deux compères, elle et sa coloc Tiphaine, m’ont présenté un apéro des plus fournis : viande, charcuterie, chips, vin et bière, miam. Puis arrive l’heure de fait la cuisine. En bon homme au foyer que je suis (si si je vous assure), je leur propose de leur donner un coup de main.

« Hors de question, scandent‐elles à l’unisson, toi tu bouges pas, c’est une surprise ».

 

C’est donc assis que je continuais la conversation avec les deux maitresses queux, quand je m’aperçus que Tiphaine était en train de râper des pommes de terre…

« Mais tu fais des röstis là ! »

Hop, j’avais découvert le pot aux roses (ou le poteau rose pour ceux qui préfèrent), les deux demoiselles préparaient un repas à la Suisse pour le Suisse. Et elles étaient trop mignonnes toutes stressées derrière leurs recettes trouvées sur le net, à tenter de ne pas faire brûler leur repas.

J’ai donc très bien mangé, les röstis étaient bons, et le poulet à la sauce zurichoise également.

Mais le top de la soirée, ce fut le dessert chocolat !! Suisse, s’il vous plaît. Le clou du clou : les filles avaient trouvé, je ne sais pas vraiment comment, du fromage suisse, Gruyère et Emmental. Bon, je vous l’accorde, ça fait ultra cliché, mais sachant que Tiphaine est fan de la Suisse (je sais pas trop pourquoi d’ailleurs parce que ces temps j’ai entendu que ça craignait), j’ai été très honoré par tous ces efforts.

Merci mesdemoiselles, la soirée était vraiment une réussite.

 

Florence

 

Le mois de novembre s’achevait, et je devais aller à Florence avec toute une équipe pour le finir en beauté.

Nous avons pris un train bien assez tôt pour nous rendre dans la cité de la Renaissance. Nous étions neuf bons amis, et deux anglaises cinglées qui nous ont rejoint plus tard, et se sont révélées incapables de passer beaucoup de temps avec nous, faute d’intérêts communs.


Du coup, nous sommes très rapidement allés sur le fameux Dôme de Florence, une merveille, à l’intérieur comme à l’extérieur, avons gravit les 463 marches qui conduisent au sommet du Dôme, sur la Lanterne il paraît que ça s’appelle. Vue à 360° sur toute la ville, soleil, collines à l’entour, un espace immense dont je n’ai plus l’habitude, puisque Venise est très « serrée » comme ville. Et des arbres mes amis, des arbres ! Voilà une chose qui m’avait bien manquée.

 

Nous avons bien marché, bien pris le café, trouvé un restaurant dans lequel j’ai probablement mangé les meilleures pâtes de toute ma vie, puis sommes sortis dans des bars miteux jusqu’à la fin de la soirée. N’avons pas fait trop fort pour une fois.

 

Le lendemain, nous nous sommes séparés en deux groupes :

 

1. Ceux qui veulent passer trois heures dans un musée à regarder des statues et

des tableaux

 

2. Ceux qui ne veulent en tout cas pas se lever si tôt pour aller voir des statues et des tableaux, et qui préfèrent marcher tranquillement dans la ville et ses hauteurs qui offrent un panorama splendide.

Vous aurez deviné dans lequel des deux groupes je me suis enfilé. Il faisait beau, et chaud, malgré quelques nuages qui contribuaient à donner à tout cet espace des airs de clair‐obscur superbes. Vous savez, quand les rayons percent les nuages et tout ça, c’était drôlement bien.

 

La suite de la journée, c’est toujours un peu compliqué quand on se retrouve tout le groupe ensemble, pour la simple et bonne raison que certains sont plus lents que les autres, et veulent pas manger en même temps que les autres, ou pas la même chose, ce qui fait que nous avons perdu un certain temps dans les rues de la ville avant d’aller voir l’Hôpital des Innocents et la place St Marc de Florence, qui est tout à fait mais alors tout à fait ridicule.

Quelques visites d’églises (payantes) dans l’une desquelles j’ai rencontré un enfant Jésus aryen. Mais oui je vous dit, il y avait toute la smala : Marie, Joseph, le boeuf et l’âne gris, et au centre, un petit Jésus tout blond aux yeux bleus qui me tendait les bras, ce que j’ai trouvé étonnant parce que je croyais qu’ils étaient plutôt basanés en Galilée, au premier siècle… comme on peut se tromper des fois hein !

Enfin tout ça non pas pour dénigrer cette belle église qui en valait la peine, mais juste pour faire une transition entre les dernières heures de l’après‐midi, et celles du soir, parce que le soir arrivait, alors au lieu d’aller faire du shopping avec ces dames, Sebi l’Autrichien et moi‐même sommes rentrés nous ressourcer à l’auberge de jeunesse, puisqu’à 18 heures, c’était l’apéro casse‐croute et vin gratuit. Tout ceci avant d’aller manger un peu dans un restaurant, cette fois bien minable, et de finir par trouver un Jazz Bar extraordinaire !

 

Vous connaissez le bar King à Neuchâtel ? Ben c’est pas du tout la même chose. Non parce que celui dans lequel on est allé, c’est un vrai bar à musique, avec un concept, c’est le King, mais en bien si on veut.

Tous les mardis, Jam session Blues. Tous les mercredis, Jam session Jazz, tous les musiciens sont les bienvenus. Tous les weekends, des groupes viennent de toute l’Italie et jouent jusqu’à deux heures du matin. La semaine, entre les jam sessions, un groupe invité reste dans le bar et fait un concert. Concert tous les soirs !! Yeah ! Prix de l’entrée la première fois, qui vaut comme carte de membre… 5€ !

Le groupe du soir jouait des reprises, les grands classiques du Rock N’ Roll entre les années 60 et nos jours. La chanteuse était un ange, les musiciens étaient bons, la soirée commençait bien !

 

À deux heures, tout le monde voulait se coucher, mais pas Sebi, Flora et moi. Nous avons réussi, je ne sais pas encore très bien comment, je crois que Flora a baratiné le videur, à entrer dans une boite très très huppée, soirée privée, dans laquelle tout le monde était extrêmement élégant !

Flora s’en sortait bien, c’est une fille. Moi j’étais habillé comme un clodo, et Sebi avec un pull gris à capuchon, nous décadrions un brin… mais on a bien rigolé quand même. Retour entre quatre et cinq heures, réveil à neuf ou dix pour prendre un gentil bus qui nous a emmené sur l’autre flanc de Florence, un peu plus campagnard, petit village nommé Fiesole, tout joli et calme (dans lequel, au passage, j'ai mangé la plus mauvaise salade mêlée de ces dernières années).

 

Sur le coup des 18 heures, nous avons repris notre train pour Venise, et j’ai quitté la charmante équipe pour rentrer à Portogruaro la délaissée.

Weekend réussi !

 

Du Shopping…

 

Je ne m’attarderai pas trop sur ce point, vous connaissez mon amour pour la consommation effrénée, mais là, j’avais besoin de chaussures parce que les miennes étaient pleines de trous et que ça fait un mois que j’ai les pieds mouillés jour après jour, alors nous nous sommes rendu faire les boutiques à Mestre, avec Antoine, le Français qui est fan de mode (que vous auriez ri), Laura et Charlotte.

La recherche de chaussure s’est vite transformée en amusement général de séance de relooking à la preety woman (ou Dumb & Dumber pour les initiés), dans les rayons de H&M, youpiii. C’était assez rigolo, mais je ne pense pas revivre ça de si tôt, parce que ça prend un temps fou, et qu’il y a bien des choses plus intéressantes à faire. Quoi qu’il en soi, je me suis retrouvé chaussé et vêtu, pour une somme dont vous ne connaîtrez jamais le montant, lors de mon retour à Protogruaro.

Fin du chapitre Shopping!

 

L’homme qui chantait si faux à l’oreille des autres

 

Un de ces soirs, le premier décembre pour être honnête, des amis sont venus me voir à Portogruaro. Première soirée sans aucun autre francophone que votre narrateur. Langue commune : anglais. J’avais un peu d’appréhension parce que ce ne sont pas les personnes dont je suis le plus proche, et qu’en plus parler anglais toute la soirée, sans possibilité de demander ses mots à un francophone meilleur bilingue que moi, c’était une grande première.

 

En fait tout s’est extrêmement bien passé, et mon égo a pris quelques points d’anglais au passage. Nous avons reçu, pendant que nous mangions un repas délicieux que j’avais préparé (je me suis mis en mode modestia pour aujourd’hui), un appel de Romain qui nous invitait à passer chez lui après notre boustifaille chez moi.

 

Il faut savoir qu’il faut une heure pour arriver et repartir de chez moi, plus une petite marche à pied depuis la gare, je suis donc toujours assez flatté que des gens paient un billet de train pour venir me rendre visite. Il faut également être au fait que le dernier train pour Venise Mestre part à 23:08, et qu’il n’y en a pas plus tard. Qu’à cela ne tienne, comme je dis toujours, comme ils prenaient le train, je l’ai pris aussi.

 

Nous sommes arrivés chez Romain vers minuit et des poussières, chez qui nous avons trouvé un grand nombre de nos camarades erasmus dans un état d’ivresse tout à fait honorable.

Au fond de la pièce, il était là. Un béret de Che Guevarra sur la tête, une sorte de barbe ou moustache de sud américain, donc encore moins de poils que moi, et, malheur, une guitare entre les mains ! Certains d’entre vous connaissent mon profond dégout, mon mépris, ma pitié presque pour ces ménestrels de soirées qui ne peuvent s’empêcher de ramener leur instrument et de nous en assourdir toute la nuit. Je ne les comprends pas. Pourquoi ? Je me demande pourquoi ils doivent faire ça. On discute gentiment, on rit, on mange on boit, et il y a ces asociaux en mal de reconnaissance artistique qui braillent comme des chats qui copulent.

En plus, celui là, il composait, alors après qu’il eut fini le répertoire si varié des chansons populaires chiliennes, espagnoles, tout ce que vous voulez, il nous a chanté les siennes, tant qu’on y était, on n'allait pas s’arrêter en si bon chemin. Et vas y que je te corazón y corazón y mi pobre corazón (je me demande toujours pourquoi il n’existe pas de chanson espagnole où on n’entende pas une histoire de corazón).

 

Je suis allé discuter avec lui pour le faire taire, parce que, vous l’aurez compris ‐ moi toujours pas ‐ mais cet être, cet hominidé, cet homo sapiens, jouait plutôt bien de sa guitare sans savoir pour autant s’accompagner vocalement. Il chantait mais d’un faux ! Ah ! Mes amis ! Et de temps en temps pour épater les filles il partait dans les aigus… Les filles ne doivent pas percevoir les sons comme nous je pense… simplement infâme.


Bon, j’ai réussi à le faire cesser de chanter un moment pour me rendre compte que c’était un grand artiste torturé qui ne peut pas vivre sans écrire de la poésie et faire de la musique (du ska principalement), « le pauvre homme », et sa poésie qui le fait vivre, plus que la musique d’ailleurs, attention pas vivre au sens où on gagne sa croute, non, le vivre profond, la sensation d’exister que lui procure son écriture, qui fait battre son pobre corazón, cette poésie qu’il saigne à blanc tous les jours que le bon Dieu fait, celle‐là mes frères, il m’en a parlé un bon moment. Et comme il commençait à me souler de ce côté là aussi, ce beau parleur des temps modernes, et qu’il n’y avait plus de vin pour m’aider à supporter ça, je lui ai demandé de m’apprendre les quatre accords qu’il connaissait et avec lesquels il composait ses chansons, pour changer un peu. Evidemment, je m’y prenais très mal, et ça l’a découragé pour un moment.

 

Les gens s'en allaient, un à un, cahin-caha, sous l’emprise des effluves éthyliques, et nous n’étions au final plus que six ou sept, autour d’une table, il a repris sa guitare, et il a remis le disque. Plus qu’une simple entrave gênante à la conversation, c’était en train de carrément devenir irritant, mais que faire ? Que dire à ce bruyant bipède beuglant ? Il fallait ne pas être impoli, je n’étais plus chez moi, je me devais de rester courtois. Alors, lorsqu’il a enfin fait une pause, nous avons commencé à chanter en français, pour nous rappeler le pays !! Et il a pas aimé, ce descendant de Pinochet, il a repris sa guitare et chanté plus fort et plus faux que nous, c’était un véritable duel de sons crillards au milieu de la nuit, jusqu’à ce que finalement un Sicilien qui n’avait rien dit de la soirée se mette à me féliciter d’être issu d’un pays où on interdit à ces « connards de musulmans terroristes » de bâtir leurs monuments religieux, ce qui a légèrement dévié la conversation, mais qui ne m’a pas rendu plus agréable pour autant…

 

Frustration : après une première partie de soirée durant laquelle je m’étais rendu compte que je pouvais à peu près émettre toutes les opinions du moment dans une autre langue que la mienne, j’étais désormais réduit à engueuler ce mafioso à coup d’onomatopées sans le moindre sens… je ne savais décidément pas encore débattre en italien ! Il a quand même dû comprendre povre coglione di merda, ce qui l'a fait taire, et peut‐être réaliser avec son demi cerveau restant, qu’il n’était pas tombé sur le bon cheval. Ah mais sapristi !

 

Le réparateur nostalgique du bon vieux temps

 

Ceux qui me lisent depuis le début savent que je me déplace en vélo pour atteindre la gare le matin. L’autre soir, j’ai retrouvé une de mes pédales complètement esquintée par des petits voyous (ou des vieux cons, qui sait ?).

Je me suis rendu chez le réparateur du coin qui habite à quatorze mètres cinquante de chez moi, pour lui acheter une nouvelle pédale.

Je me fis comprendre en faisant des gestes, puisque je ne connaissait pas vraiment le lexique particulier des garages, et un vieux bonhomme qui avait dû fonder le magasin avant d’y passer le reste de sa vie me prit en charge.

 

Il ne se distinguait pas par une courtoisie excessive, mais n’en demandons pas trop.

Il a changé ma pédale cassée, celle qui ne l’était pas, et m’a fait payer les deux bien entendu. Je n’ai pas rechigné, ce n’était pas cher, et l’autre était également en fin de vie, sa chute n’eut été qu’une question de semaines.

Fier comme un intégriste chrétien après le 29 novembre, j’enfourchai mon vélo pour partir vers de nouvelles aventures sur Venise, que je vous ai sans doute déjà contées plus haut.

C’est le lendemain soir, à mon retour, que je repris ma monture pour aller manger et dormir… et la pédale toute neuve s’en est allée !! « C’est dévissé, je me dis c’est pas grave, il a mis trop d’huile »… tu parles ! Impossible de la remettre en place.

 

Le lendemain je retourne chez mon papy pour lui demander de l’aide, je tombe sur son fils qui me conduit dans l’atelier du vieux, qui se met à essayer de remettre la pédale défaillante. J’étais très content de voir qu’il n’y arrivait pas non plus, je me suis senti un peu moins intello comme ça.

Donc il a commencé à tripoter le vélo pour voir ce qui n’allait, pas, et en attendant, je regardais un peu cet atelier joliment décoré de calendriers en tous genres : des petites fleurs, des petits chiens, des dauphins, quelques dames nues comme dans tous les garages, je me disais « quel charmant endroit ».

Alors qu’il venait d’ouvrir un paquet de nouvelles pédales, et que je préparais déjà mes phrases en italien au cas où il oserait me demander de payer quoi que ce soit, mes yeux se posèrent par hasard sur une photo que je n’avais pas encore vue. C’était ce bon vieux Benito. Ouaip. Il Duce en personne qui me faisait un beau salut romain, dans l’atelier de ce gentil petit vieux.

Bon, je sais que les Italiens ne voient pas Mussolini comme nous nous le voyons, et que certains vieux (j’entends par là ceux qui ne savaient ni lire, ni écrire, ni ne faisaient de l’opposition, cela va de soi) en ont gardé un bon souvenir d’avant la seconde guerre mondiale, parce qu’il se souviennent de leurs parents chômeurs qui du jours au lendemain avaient retrouvé du travail, mais je ne suis pas là pour vous faire un cours de sociologie italienne ; toutefois, cela me paraissait louche cette petite photo dans un coin, pas si visible que ça. J’ai alors commencé à inspecter plus minutieusement le mur qui était à ma gauche et que je n’avais pas encore vu… au dessus de trois mignons petits chiots, se pavanaient quatre ou cinq calendriers de l’histoire italienne, tous les quatre ou cinq ouverts sur des photos conquérantes de Benito !!

Mon sang n’a fait qu’un tour, j’ai pris un tournevis qui trainait, et l’ai enfoncé dans la gorge de ce vieil homme, puis ai brûlé son atelier !

 

Oui d’accord, ça c’est ce qui s’est passé dans ma tête.

 

Je me suis dit après réflexion qu’étant enfant, ce vieillard à l’air un peu bourru était peut‐être allé voir de belles parades militaires, et que de son temps on aimait ça. Et je suis parti, sans rien payer, avec mon vélo et ses pédales toutes neuves pour la deuxième fois, la tête pleine d’images du Duce, ça faisait deux jours de suite que je cotoyais le fascisme italien… suis un peu fatigué là, je rentre.

 

Bien à vous

 

Ah, et au passage, ne prenez pas mal mes diatribes sur les Chrétiens, c'est plus pour la forme que pour le fond, les joies des immages vivantes!

 

A salam aleikoum!

Par Markantoine - Publié dans : Longs trucs
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Dimanche 22 novembre 2009 7 22 /11 /Nov /2009 17:57
 

VENISERIES

 

Pas grand chose à raconter cette fois, soyez heureux, vous ne passerez pas une

heure à me lire.

Ces deux dernières semaines ont été plus calmes que les précédentes, et ponctuées par les allers et venues des amies de Laura à Venise. Toutes plus sympathiques les unes que les autres, j’ai profité de leur présence pour aller visiter des endroits que je n’avais pas encore ajouté à mon programme.

 

Murano + Burano

 

Sont deux iles plus ou moins loin de Venise. Murano, c’est là où on souffle le verre, mais l’endroit est petit et fort laid, grisâtre, canaux sales, usines désaffectées, et quelques petits musées. Nous voulions voir une soufflerie mais tout était fermé, nous avons donc pris le premier Vaporetto pour Burano, bien plus intéressant. Il faisait un temps étrange, entre soleil et brume, les petites maisons de toutes les couleurs valsaient sur l’eau. L’endroit est très féerique en vérité, toutes les maisons sont peintes de couleurs vives, elles sont étroites et assez haute. Il y a notre copain Jésus un peu partout qui nous tend les bras pour dire bienvenue, en statue hein, pas le vrai.

Nous nous baladions entre toutes ces charmantes bâtisses, quand nous vîmes une demeure fort étrange devant nous, mais alors glauque de chez glauque la bicoque.

Derrière une grande grille noire, surmontée de parapets en briques rouge, était pendu un gros bonhomme de bois, une corde entre les deux fesses, la tête en bas.

Des chats gros au regard étrange nous regardaient, l’un d’eux s’est mis à descendre en rappel (sic) de la grille. Au moment où nous prenions une photo, une vieille dame à l’air bien louche nous regarde, Laura veut lui demander qu’est‐ce que c’est que cette baraque, la vieille nous lance un psshhhht ! ‐ sonore ‐ et nous jette le regard le plus digne de film d’horreur du monde. Il y avait encore une statue dans le jardin, derrière la grille, un homme maigre, tout noir, qui regardait le ciel en criant, les mains en avant comme pour les poser sur quelque chose…

 

À part ça Burano est superbe, la spécialité du coin est la dentelle, magnifique.

Et quand le soleil s’est couché, entre un léger brouillard, laissant paraître au loin les iles qui entourent Burano, et Murano, et toutes les autres, les barques des pêcheurs qui rentrent chez eux dans le crépuscule d’automne, tout ceci était comme une petite fête privée, une grande bouffée d’air sur l’existence du monde, la déchirure, et j’ai pensé à Camus.

 

Une fois de retour, Laura, Laurane et moi‐même nous sommes dirigés vers sa

maison. Nous étions les trois, puis rejoins par Romain pour le souper. On s’est bien marré, la colocataire de Laura s’est amenée. C’est une dame extrêmement sympathique, la quarantaine, encore belle, que j’avais eu l’honneur d’effrayer un matin où je dormais sur leur sofa, et comme elle ne savait pas que j’étais là comme on était rentré très tard, quand elle est sortie de sa chambre, je me suis sortis de mes songes matinaux pour la saluer genre « gnin Ciao ! », et me rendormir aussitôt.

 

Donc, comme elle était là avec nous, je m’excusai et m’attendais un peu à des remontrances du style « vous pourriez au moins prévenir ». Ben non :

« Ah, c’était toi. La prochaine fois que tu dors ici, si je ne suis pas là, ne dors pas sur cet horrible canapé, prends mon lit ».

Elle nous a raconté bien des histoires sympas sur Venise, sur sa vie, les gens qu’elle fréquentait, dont une vieille dame dont elle s’occupe, et qui est un peu en fin de vie je crois. Je raconte ça parce que la nuit suivante, je dormais sur le sofa, quand j’entendis un téléphone sonner… à une heure du matin. C’était la vieille dame qui avait le nez qui coulait… Elle était persuadée que son cerveau était en train de sortir de sa tête par sa narine droite. Paniquée, elle ne raccrochait pas. J’entendais la colocataire lui dire qu’elle ne devait pas s’inquiéter, que le cerveau, ça sortait pas par le nez voyons, qu’il était tard, qu’il fallait raccrocher, que de toute façon elle ne pouvait rien faire, elle, qu’il fallait aller à l’hôpital si vraiment son cerveau sortait… La pauvre, ça a duré une heure.

 

Hier soir nous avons fait une fête chez des Autrichiens, wouaw, c’était trop bien ! Ils nous ont fait des spätzlis avec un poulet en sauce paprika à s’en relever la nuit. On a fini en boite, une boite rigolote, gratuite /l’entrée ouais/ les consommations hors de prix, pas grave, on a caché nos bouteilles dans les poubelles et on venait s’enivrer de temps à autre.

Vers les quatre ou cinq heures, je sais plus, nous sommes partis, et un copain me dit « eh ! Peroline a oublié sa veste, son écharpe et son portable ». Je prends le tout, puisque je la vois aux cours, et j’appellerai sa coloc pour lui dire que c’est moi qui ai tout ça.

On marche un peu pour raccompagner les autres, puis on fait demi tour pour nous rendre à l’endroit où je devais dormir cette fois, et je me dis, « bon, je vais appeler la coloc, comme ça elles n’auront pas peur ». Le temps que je trouve comment fonctionne un Samsung, il sonne tout seul, c’était un numéro que je connaissais pas, je réponds, m’attendant à entendre la France.

C’était un connard de bouffeur de ravioli à l’appareil, agressif en plus. Il me demandait t’es qui t’es qui ? Je lui répondais qu’il fallait qu’il me passe Peroline, que je lui rapportais son téléphone. Come ti chiami ? Ci sono i Carabinieri ok ? Qu’il me

dit.

 

Parenthèse culturelle :

L’Italie a une police à deux vitesses, les gendarmes ou polizia, qui sont un peu les

gendarmes de Saint Tropez, que tu peux parler avec et leur gueuler dessus s’ils te

foutent une méchante amende, et il y a les Carabinieri avec qui on ne rigole pas. La plupart que j’ai croisé sont très grands, très costauds, ils ont l’air très méchants, et ils sont appelés quand les choses tournent au vinaigre, et j’en ai très peur.

Etait‐ce vraiment un de ces messieurs à l’autre bout du fil ?

 

En tout cas je me laissais pas faire par ce gnocchi des rues, et dans un Italien très (TRES) approximatif et teinté d’Anglais et d’Allemand, je tentais de lui faire comprendre qu’il me faisait chier et qu’il fallait soit qu’il me passe ma pote, soit qu’il raccroche et que je me débrouillerais. En arrière fond, j’entendais des petits ricanements qui me faisaient bien croire qu’il n’était pas de la Police.

Et on arrive sur un pont, et qui vois‐je ? Peroline.

Hello ! J’ai récupéré ta veste, ton écharpe et ton portable.

Auguri ! Elle était toute contente, mais pas l’autre connard qui devait avoir bien dix-neuf ans, et qui me présenta sa carte de flic toute neuve…

Et vous me connaissez comme je suis un peu susceptible quand j’ai bu, et que j’aime bien me prendre pour Joey Pesci. On s’est engueulé sur le pont, moi, avec ce mec et sa face d’idiot.

Il parlait à toute vitesse, et je comprenais en gros que pour qui tu te prends de me

parler sur ce ton, tu sais qui on est nous les Carabinieri ? Maintenant tu me dis ton nom et pourquoi tu avais le téléphone de cette miss !

Contre toute attente, je me suis pas du tout écrasé, j’ai élevé le ton, l’ai regardé droit dans les yeux sans cligner, sans baisser le regard, et lui sorti ma sauce en Italanglais.


Ça commençait à chauffer parce que je lui disais que premièrement parle moins vite ragazzo (c’est un peu comme si tu dis « gamin », ou jeune homme à un plus jeune que toi, pas trop formel devant les flics, mais bon), je suis pas Italien, et mon nom, c’est pas tes oignons capisci ? C’est le phone de ma pote que je ramenais, t’as pas à me parler comme ça, et avec les miss qui rigolent derrière toi, t’es pas le plus crédible des Carabinieri. J’aurais bien voulu que quelqu’un filme le débat, quatre ou cinq heures du matin dans les rues de la Sérénissime, gueulant. Yeah !

Un type encore plus maigrelet et mal coiffé que le premier, qui devait faire un hommage aux Jackson Five avec sa touffe, mais bien plus calme, est venu me dire de pas m’énerver, de me calmer un peu, et il m’a également présenté une carte de police. Je lui ai dit que je m’en foutais de leurs cartes de police, que de toute façon j’avais rien fait, et qu’il fallait qu’ils me lâchent la grappe. Peroline qui est parfaitement bilingue, après plusieurs tentatives infructueuses, a finalement réussi à en placer une et à faire taire le premier crétin (en me disant au passage qu’ils ne devaient pas du tout être Carabinieri), qui a terminé quand même en me redemandant mon nom une énième fois. Je ne lui ai pas répondu, ou lui ai donné un nom de personnage de film, et on est parti. Je me suis réveillé à 16 heures, ai vu un message de Peroline qui me disait que, oui, ils étaient VRAIMENT flics les mecs… et maintenant je vais faire des röstis pour l’anniversaire d’une copine.

 

Donc dans la rubrique « ça c’est fait » :

 

M’engueuler avec les forces de l’ordre italiennes en pleine rue !

 

Merda ! Et me faire arnaquer grave au bar où j’ai écrit tout ça… 6€ la bière

4dl !

 

FIN

 

Par Markantoine - Publié dans : Plus court
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Mercredi 11 novembre 2009 3 11 /11 /Nov /2009 13:35

CINQ

 

Qui a dit qu’une routine s’installait ? Moi ? Je devais être ivre quand j’ai écrit ça !

 

Dimanche, Julien et Virginie, rebaptisés pour la semaine Geneviève et Dimitri, grâce à l’ivresse et les pertes de mémoire chroniques de l’un de mes camarades vénitiens, passons, ont débarqué tranquillement à Venise, par un beau soleil d’automne italien. Nous avons décidé de partir directement pour Portogruaro, avons fait une petite visite des lieux. Le Spritz leur a beaucoup plu, ce qui est préférable si vous prévoyez de passer quelques jours à Venise dans votre vie.

 

Ça faisait drôlement plaisir de voir ces petits Suisses arriver chez moi. Ce sont les bons souvenirs du pays, pas comme la neige ou l’uni. Ou les gendarmes trop cons, ou les gens qui ne savent pas vivre simplement, etc. (Hop, c’était mon petit coup de gueule du jour).

 

Je rendosse donc mon costume de guide émérite pour une semaine. Après mes cours du lundi matin, nous nous retrouvons à la gare et nous dirigeons chez Laura qui nous invite à déjeuner. Larry, son compagnon, est là lui aussi, depuis une bonne semaine. C’est un type très charmant quoi que trop bronzé à mon gout, mais bon, personne n’est parfait. L’entente est excellente, nous passons toute l’après-midi tous les cinq, visitons le palais des Doges (une merveille) et le soir, sous la pluie, retour à Portogruaro pour un bon souper à trois.

 

Mardi fut une journée plus simple, plus calme et tout et tout, chacun de son côté. Chevelu et sa douce visitent Portogruaro pendant que je m’enfile des kilos de Proust et de Racine. Le soir, nous sommes allés manger une IMMENSE pizza dans une trattoria que je ne connaissais pas, et qui avait l’avantage de ne pas être trop chère. Et avons bu plus qu’il n’était nécessaire à la base…

 

Mercredi par contre ça devient plus intéressant. Dans l’après-midi, nous sommes allés visiter la Pointe de la Douane, magnifique musée qui abrite des œuvres de la collection de François Pinault. Thème : Eros & Thanatos… dans la première salle, un cheval grandeur nature est encastré la tête dans le mur, et les quatre fers en l’air, intéressant concept. Dans la seconde, cinq ou six boites de verre contenant des maquettes pleines de petites figurines représentant des nazis, des squelettes de nazis, des monstres, des nazis avec des tête à la place du phallus, ou vice versa, ou des dames à trois nibards (comme dans Total Recall), des Hitler, du sang, le chaos, des arbres morts, compendieusement, 30'000 figurines, trois ans de boulot pour deux frangins qui ne doivent pas être très bien dans leur peau.

Le passage qu’on attendait comme des enfants, parce qu’on nous en avait parlé longuement, c’est la statue géante d’un ado genre Dragon Ball Z, avec une coupe de Saïan, qui tient une verge propulsant un grand lasso de sperme s’en allant tourner autour de lui. Sa voisine, une petite ado aux cheveux roses et à la poitrine démesurée, s’appuie joyeusement sur les tétons, et s’entoure quant à elle d’une quantité impressionnante et volage de lait, qui pourrait nourrir des affamés pendant un bon moment. La déception était quand même l’organe reproducteur du jeune San Goku, que nous imaginions bien plus impressionnante, après avoir entendu les commentaires des autres personnes. Enfin, ça nous a rassurés sur nos proportions.

 

Puis nous nous sommes séparés quelques heures. Je suis allé au ciné avec des copines pendant qu’ils faisaient du shopping dans Venise.

Ensuite, souper chez Romain le Belge, beaucoup de vin, puis beaucoup de vin, puis un alcool au gout de bonbon chez Audrey l’autre Belge, avant de rentrer à Portogruaro, un peu éméché pour ma part. Un peu ballonné aussi, je me suis assis sur le canapé, et m’y suis réveillé six heures plus tard avec un torticolis bien trempé, c’est malin !

 

Jeudi a été plus calme en vérité, puisque nous nous sommes baladés dans ma ville toute la journée, et sommes retournés boire quelques Spritz, jusqu’à ce que l’un de nous que je garderai anonyme pour le moment, commence à s’affoler au bar, en raison d’une envie pressante, très pressante.

-         Mais il y a des toilettes dans ce bar, go, et buvons encore ! Après nous devons faire les courses pour l’arrivée des suivants.

-         Non, les toilettes sont infectes, je n’y poserai pas mon séant. Rentrons, déféquons puis buvons.

-         Qu’il en soit ainsi !

 

Nous rentrâmes donc.

 

Une fois le gargantuesque cérémonial gastrique achevé, nous fîmes les courses et attendîmes les chevaliers de l’apocalypse Flo et Thias qui devaient arriver sous peu. Et ils arrivèrent à la hauteur de leur réputation les animaux !

Ils avaient pris le train à 7 ou 8 heures en Suisse, et avaient bien l’intention de payer leurs canons. Ils avaient ouvert la première bouteille à 9 heures et n’avaient pas arrêté depuis, je vous laisse imaginer l’état. Autant dire qu’ils n’étaient pas venus dans le Veneto pour enfiler des perles. 19h, cuisine, vin, rhum, bière vin, Spritz jusqu’à deux ou trois heures du matin.

 

Le lendemain, on faisait moins les malins, à part Julien et Virginie qui avaient été moins stupides que nous (parce que votre narrateur s’était bien rattrapé). On a bu un coup de blanc à Venise à midi, qui n’a pas très bien passé sur le moment. Puis nous nous sommes tous rendu à mon cours sur le surréalisme. Flo qui avait des restes de la veille n’a pas fait bien long, et, lunettes de soleil vertes sur le nez, capuchon, démarche sautillante, il sort de la pièce en passant devant mon prof qui a dû se poser quelques questions à propos de cet individu bizarre. Thias fut glorieux et resta à prendre des notes en Italien pendant tout le cours.

Ensuite, il fallut reprendre du service. Nous dîmes au revoir à nos amis qui rentraient pour la froide Helvétie, et recommençâmes à boire des Spritz vers 15heures.

À l’heure de l’apéro, chez Romain, Thias et moi n’étions déjà plus que la moitié de nous-mêmes, alors que notre Flo fatigué semblait décidé à rester sobre aujourd’hui. Nous avions beaucoup à boire avec nous, et nous en eûmes encore plus en arrivant chez Laura qui avait à peu près invité tous les Erasmus les plus sympas chez elles pour un bon repas. À ce moment là, nous étions bêtes et ivres, mais pas encore assez pour qu’on nous remarque spécialement parmi d’autres.

Mais une fois la bouteille de rhum descendue, les choses prirent une autre tournure… pour faire rapide, parce que je ne me souviens d’à peu près rien après que nous eûmes quitté l’appartement de Laura, nous avons tous décidé de rendre visite à nos amies chypriotes, et avons, paraît-il, passé un certain temps chez elle. De manière assez diffue, un peu comme un flash back de film, quand le personnage a perdu la mémoire à la guerre et qu’il lui revient quelques bribes, et qu’il passe le reste de l’histoire à essayer de retrouver sa vie d’avant l’amnésie, je me revois :

-         Dans une cuisine en train de présenter des excuses à des voisins méchants qui nous menaçaient d’appeler la police tant nous étions bruyants.

-         Sur un lit à lutter contre trois dames qui voulaient me foutre du gloss sur la gueule (on a quel âge déjà ?)

-         Dans une rue en train de faire des blagues auxquelles je riais tout seul.

-         Toujours dans une rue à me prendre un très froid « Yes you really are » d’une copine à qui je venais de dire « I think I’m stupid tonight »…

-         En train de me faire engueuler par deux Françaises et une Belge pour une histoire de Rayban que j’aurais soi-disant détruites… alors là je fais une parenthèse parce que Flo m’a tout raconté et que je crie INJUSTICE ! Les dites lunettes étaient très bêtement posées sur un sofa, dans un sac tout mou, c’est pas leur place, parce qu’un sofa, on s’y assoit. Deuxièmement, je comprends pas qu’on s’achète des lunettes de soleil même pas correctrices à 100€, alors qu’on n’a pas les moyens d’acheter du vin en bouteille dans les magasins et que, merde, on en trouve pour 5 ou 8€, des lunettes. Bordel. Troisièmement, c’est Flo qui, pour rigoler, a dit « Ah ! mais c’est Marc qui s’est assis sur les lunettes », comme ça, pour faire chier un peu, parce que ça il sait bien le faire, et il profitait honteusement de son statut de Suisse-le-moins-flingué-de-la-soirée. Mais en fait il n’en savait rien non plus, ce qu’il a vainement tenté d’expliquer aux dames en furie qui me réclamaient 100€ fissa, qu’il avait dit ça comme ça et que ça pouvait être n’importe qui d’autre qui s’était assis sur ces objets inutiles et ruineux.

-         Puis finalement, avant d’être accueillis chez Romain (qui mériterait d’être canonisé pour le coup), couchés là, les trois Suisses, sur un pont, en attendant le retour de notre hôte qui n’avait pas quitté l’appartement en même temps que nous (mais nous on n’y avait rien vu bien sûr), en train de boire du vin et de crier « Ciao ciao ciao » à tous les étudiants qui nous passaient sous le nez pour leur proposer un peu de notre vin. Thias et moi n’étions plus qu’un douzième de nous-mêmes, Flo un peu moins quand même, je l’en félicite.

 

Le réveil fut très difficile. Le retour progressif des souvenirs me renvoya, comme une marrée qui éjecte de vieilles planches flottantes sur les eaux, une vieille maitresse depuis longtemps oubliée, et que j’avais su tenir à l’écart avant l’arrivée de mes deux compagnons du chaos, j’ai nommé la célèbre Honte-du-Lendemain ! Ainsi qu’une petite inquiétude de ne plus avoir d’amis en Italie… bah, ça m’obligera à rencontrer des vrais Italiens et à apprendre à parler un peu plus couramment cette langue.

 

Flo étant parti rejoindre une de ses amies italiennes sur l’ile de Murano, Thias et moi nous promenâmes toute l’après-midi sur la plage du Lido (ce que je n’avais pas encore fait, et que je referai, parce que le Lido c’est très joli), à conchier sur notre monde moderne et le système capitaliste (on se refait pas), et à se mettre à dos des locaux. Je m’explique. En Italie, il semblerait que des hommes de tous âges se retrouvent sur les plages pour jouer au foot sous un ciel sans nuage. Le gardien des bleus, par exemple, devait avoir dans les cent cinquante ans, et un coup de pied encore vif ! Il dégage la balle au loin… Elle arrive sur nous, et, sans une nonchalante intervention de maitre Thias, se serait perdue au large (oui on est sur le rivage toujours). Un homme la quarantaine bien sonnée n’a pas vu ce sauvetage émérite de la même manière… faut pas toucher une balle de foot pendant un match d’Italiens ok ?!

 

Nonononono ! Povre Collione !

 

On l’a regardé sans trop se défendre et on est parti, il était très rouge (de colère ou de sueur, nul ne le saura jamais), en tout cas, il avait mis tout son cœur à nous faire comprendre que nous étions des touristes de merde. Nous quittâmes ce lieu.

Ce fut l’heure du Spritz, et là encore, on s’est fait baiser, parce que la dame nous a fait les prix les plus hauts que je n’ai jamais éprouvés ici… elle nous a fait les prix touristes, au lieu des prix locaux, et il n’y a pas grand chose à faire dans ces cas là. Tant pis. Retour à Portogruaro (parce que, rien qu’à l’idée de sortir en boite et s’en remettre une comme la veille, ça nous fatiguait).

On ne s’est tout de même pas laissé aller, comme Flo rentrait plus tard, on est allé manger une pizza gigantesque à 6€ dans un autre restaurant, Puis, à la maison, on avait du vin, de la grappa et tout et tout.

 

Et le dimanche, vers 13h ou 13h30, ils quittèrent l’appartement pour être à l’heure à Venise et prendre le train du retour. Les chevaliers de l’apocalypse étaient partis, ma semaine de guide achevée, et j’étais assez content mine de rien, de me retrouver seul (car ce fut une semaine excellente, mais épuisante !)

Et j’étais là, assis à mon bureau, après mon petit ménage, quand la sonnette retentit… Qui cela pouvait-il bien être ? Je ne connais personne à Portogruaro ! Etait-ce ma voisine qui venait se plaindre des nuisances sonores ? Les Carabinieri qui venaient pour me renvoyer en Suisse ? Le service d’hygiène ? Des témoins de Jehova ou pire, des roux ?

Non ! C’étaient mes deux compères qui, non, n’avaient pas loupé le train, mais qui avaient loupé leurs examens d’entrée à l’école de la chance, que j’avais pour ma part passés avec brio, et qui s’étaient retrouvés bloqués à la gare pour cause de … grève ! Rien à faire pour retourner à Venise, excepté prendre un taxi, mais ils n’avaient plus un rond et les taxis Portogruaro – Venise coûtent grosso modo 100 balles. Ce n’est donc que ce matin, lundi, qu’ils reprirent un train en ma compagnie, à 7h11, en espérant pouvoir trouver une correspondance à Venise.

Et je ne sais pas ce qu’ils sont devenus, car avant même d’atteindre Venezia Mestre, ils se faisaient sortir du train… parce qu’ils n’avaient pas pris de billets… dommage. La dernière image que j’aie d’eux est sur un quai dans un bled que je ne connais pas, entre Portogruaro et Venise, sans argent, sans crédit sur leurs portables, avec des billets de train qui datent d’hier, et sans leur pique nique, puisqu’ils sont décidément passés (à mes yeux) du statut de chevaliers de l’apocalypses, à celui de palefreniers de la connerie, en oubliant un sachet plein de pain et de charcuterie (et d’écouteurs pour l’Ipod) dans le train, alors qu’une des dernières choses que j’aie eu le temps de leur dire fut : « Eh ! oubliez pas votre pique nique les gars ! »

Messieurs, si vous lisez ces lignes à votre retour, sachez que j’aurai probablement dégusté cette viande et ce pain en compagnie de Laura et Julia (son amie française très jolie), ce soir même, lundi 9 novembre 2009.

 

Sur ce, je termine cet article CINQ, et salue tout le monde. Je vous tiendrai au courant de la suite des événements, et vous dirai si j’ai réussi à rattraper le coup avec tous ces gens qu’une violente croisade neuchâteloise à la VIE, aura choqués au plus haut point !

 

En remerciant ceux qui me lisent. Les autres ne sont que des cons, des ignares, ou des pédants.

 

Par Markantoine - Publié dans : Histoire d'ivresse
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