Ciao Italia
Et il se dit, « si tu commençais à écrire ton dernier blog ? » Alors il vit que cela était bien, et continua.
Ainsi a débuté le dernier mois de cet Erasmus, donc également le dernier mois de vie de ce petit espace privé dans lequel vous venez peut‐être de temps en temps lire mes imbécilités erasmusiques, je me suis rendu compte que mon blog est arrivé au niveau 2 sur 100 de confiance, j’en suis absolument ravi, il ne manquerait plus que l’on se mette à prêter attention à mes boeuferies.
Tout ça pour dire que la fin arrive à grands pas, et que je me précipite dans les activités les plus diverses afin que celui‐ci passe vite mais sans sentiment de manque et de non‐faits, de non‐dits, de non‐vécus. Toutes ces petites choses que l’on prévoyait depuis le début, se rendre çà et là, faire une telle fête ou l’autre, en toute impunité, et bien, lecteur, je le fais, au jour le jour.
Tout d’abord il serait bon de parler un peu de la fin 2009, que j’ai passée avec mes très bons amis vaudruziens Don Poy (je tiens à garder l’anonymat), Metro et sa Belle, qui étaient venus dans le Veneto. Ceux‐ci ont eu l’excellente idée de prendre un hôtel pas loin de Venise plutôt que de venir squatter mon chez moi et ainsi éviter des heures de train superflues. L’hôtel trouvé, cap sur Venise pour les premières visites, les premiers bistrots, les Spritz, le vin, les serveuses, la vie. J’avais la chance de disposer d’un appartement délaissé pour quelques temps par mon amie Laura, afin de ne pas avoir à rentrer tous les soirs. Nous nous quittions donc à l’heure du dernier bus, comme au pays, avec un rendez‐vous plus ou moins matinal le lendemain.
Le deuxième jour, nous avons marché dans Venise, puis pris le Vaporetto sur le Canal Grande, qu’il faut au moins avoir fait une fois dans sa vie, puis avons visité les iles dont je vous ai déjà tant parlé, et, de retour sur Venise, avons commencé un apéro au Remer. Ne vous ais‐je pas encore parlé du Remer ? C’est un endroit merveilleux, inconnu des touristes, dans lequel tu paies ton verre un euro de plus que partout ailleurs, mais où tu as accès à un buffet génial d’amuse‐gueule et de pâtes pendant deux heures. Après, les prix redeviennent normaux, et le buffet cesse, mais il y a la pianiste du Florian qui arrive (ne vous ais‐je pas encore parlé du Florian ? mais vous le connaissez enfin, c’est le bar le plus chic de Venise, sur San Marco, dans lequel tu paies ton espresso 6 euros 50 au lieu de 90 centimes, eh oui, et il y a une pianiste qui vient terminer sa soirée au Remer, elle joue du violon aussi, quelle femme, quelle grâce), et avec laquelle nous restons scotchés pour encore une heure ou deux avant de finir dans un pub irlandais (sic) pour assouvir la soif de bière de mes invités, qui n’aiment pas notre vin en bouteille de plastique.
Pauvre Metro, son pied le faisait souffrir terriblement et Venise en étant handicapé, ce n’est pas la joie, puisque les touristes, ces sombres crétins, ces pauvres imbéciles, paient bien plus cher que ce que cela vaut, les allers et venues en Vaporetto, ma dai ! et que c’est donc à la force des gambettes que l’on se promène. Alors, le jour suivant, nous avons fait moins fort, un peu San Marco, un peu Rialto, un peu Zattere, où, lors de la pause café d’après le repas (je tiens d’ailleurs à me moquer une fois encore de toi, Don, d’avoir, contre mes admirables conseils, pris un plat de lasagne au lieu d’une pizza, car ici, un plat de lasagne est une entrée onéreuse, tandis qu’une pizza… enfin, je ris encore de ton regard d’enfant déçu par son cadeau de noël, voyant ton ridicule carré de lasagne à dix euros arriver devant toi, en même temps que nos pizzas succulentes et abordables), nous avons rencontré Nietzsche et sa femme (sa femme ? Ce n’était donc pas lui) dans le bar.
Un couple de Français d’une grande gentillesse (mais si), dont la moustache de monsieur nous racontait de folles histoires sur la situation politique de ces derniers temps, les voyages, la jeunesse, ses filles en Erasmus à Rome, et autres choses du genre. Une belle rencontre. C’était le 31, et après une ou deux bières, nous sommes, après avoir fait quelques courses sommaires et un détour par un bar terrible que je ne connaissais pas encore, le Hollandais Volant, retournés dans le centre de Venise pour être accueillis chez Sebi et Johanna et commencer la soirée.
Quelle soirée !
Minuit, San Marco, pas de bottes, acqua alta, Olandese Volante… perte de mon amie Laurence chez qui je devais dormir. Que faire ? Mes Suisses ont un hôtel, je prends le bus spécial nouvel an avec eux, je m’infiltre dans l’hôtel, j’y dors d’un sommeil de plomb jusqu’au lendemain.
Bonne année !!
Evidemment, les bus ne sont pas aussi fréquents le premier de l’an que les autres jours, il nous aura fallu attendre une bonne heure pour pouvoir retourner sur Venise, et trouver un pauvre bistrot ouvert dans lequel nous nous sommes faits mais alors arnaquer comme jamais je n’avais vu ça, pardon encore mes amis, de vous y avoir menés, mais c’était ça, ou la pizza super cher de Piazzale Roma qui arnaque les touristes… quoique on s’en serait mieux sortis peut‐être.
Portogruaro, rires, amitié.
Le dernier jour de mes visiteurs, nous fîmes deux groupes, un au palais des Doges, l’autre à la Basilique San Marco, qui est une splendeur, je ne l’avais encore pas faite (comptez quand même une douzaine d’euros si vous voulez tout voir, entrée gratuite, mais Trésor, Tableaux et sommet de la basiliques payants). Puis, simplement, le retour en train pour eux, le cinéma pour moi, et le début de ma fin en solitaire.
Cette fois je dois travailler ! J’ai passé un certains temps sur un dossier à propos de ce bon Jean de la Bruyère, puis, encore, sur Proust. Mais quel bonheur finalement : personne n’était revenu encore, ma solitude bienvenue m’a permis de faire une avance terrible, et de prévoir la suite de mon séjour.
Programme : Naples, Rome, Slovénie.
Je pensais me rendre à Naples entre le 10 et le 15, mais ce n’est pas depuis un train de nuit que je vous écris, tant pis. Rome, je ne pourrai pas la faire, quel dommage, l’idée même de me traîner devant les gardes suisses m’est si alléchante, enfin, une autre fois. Me reste alors la Slovénie, que je suis allé visiter les 5 et 6 de janvier.
Ljubljana
Au départ, je devais aller là‐bas avec une belle Belge toujours motivée à faire plein de trucs, et du genre à se rétracter à la dernière minute, ce qu’elle fit, invoquant une bonne dose de travail (les architectes, contrairement à moi, ont un effort affolant à fournir, même en Erasmus). Je partis donc seul, à 22h22 de mon Portogruaro pour cette capitale inconnue. Dans le train, rencontre avec un couple d’Australiens qui fêtent la fin de leurs études en se tapant les bonnes villes d’Europe (qu’on m’explique ce qu’ils sont allés faire à Sion !!!!), et d’un Français pour le moins étrange mais fort sympathique, qui dormait dans le même hôtel que moi, passait moins de 24 heures à Ljubljana, et avec qui, une fois arrivés à bon port (à deux heures du matin), nous décidâmes de visiter la ville.
Nous commençâmes par un centre alternatif à côté de notre hôtel, respectivement une ancienne prison militaire retapée, qui était très intéressant. Un concept qu’évidemment, dans notre bonne Suisse, il serait impossible de réaliser. Les bâtiments pour le moins dévastés, ont été sauvés par l’Etat, et laissés à la disposition des artistes du coin. Il y a donc toujours des expositions, un bar indépendant ouvert le jour, et un autre bar, dans une autre vieille baraque de bois, dont le temps viendra de vous en parler, où l’on trouve à boire et des gens à toute heure du jour ou de la nuit.
Pour l’anecdote, en passant devant ce bar le matin vers dix et demie, nous avons pu admirer une autochtone blonde style gothique en train de se siffler une bouteille de vodka sur les marches en bois…
Une fois la visite d’art effectuée, direction le centre, d’une grande beauté. Château sur la colline, ponts, architecture très Empire Austro‐Hongrois, non pas dénudée d’une forme de finesse à l’Italienne, et de la neige, de la neige, de la neige.
Mes pieds, trempés dans mes vieilles baskets (je n’étais toujours pas équipé pour la saison), ont accompagné mon camarade sur le château, puis nous avons vu le musée national, une église d’une rare beauté, un jardin public dans lequel s’ébattaient des enfants (bruyants) en luge et des chiens sautillant dans la neige virevoltante. Et quand vint l’heure des adieux, après deux bonnes tournées de bière à 2 euros la pinte, je retournai à l’hôtel m’enquérir d’un restaurant traditionnel peu cher, que je trouvai facilement, et dans lequel je mangeai une pièce de cerf marinée dans une sauce aux myrtilles admirable, accompagnée d’une spécialité locale, les “Rools” (en anglais) un café et un alcool du coin, offert par la maison l’alcool, le tout pour trois fois rien, quel beau pays.
De retour à mon hôtel, j’avais déjà écumé quelques bars en lisant un livre, livre remarquable, que j’ai découvert grâce à ma chère amie P.D., dont je me moquais des initiales dans un précédent mail, et qu’aujourd’hui je ne saurais assez remercier le geste, tant ma joie, tout au long de cette lecture, jamais ne s’atténua.
Or, alors que je pensais me coucher, afin d’être en forme pour ma journée du lendemain, que je passerais seul dans les rues de Ljubljana, je vis qu’à mon hôtel était donné un concert, par un groupe de la région. De la musique slave, quel bonheur, je restai encore deux heures à papoter avec le barman qui me ravitaillait, et à m’enchanter de ces improvisations bienvenues.
Au petit matin, je pris le petit déjeuner, lus une ou deux heures encore dans l’hôtel, commençai un second bouquin du même auteur, et partis pour mon deuxième jour, que je passai à marcher, principalement, et à m’offrir de nouvelles chaussures, les miennes étant décidément trop mouillées.
Mon petit budget touchant à sa fin, je m’enfilai, après une marche dans le petit bois entourant le château, une fois la nuit tombée, dans un bar magnifique où je me mis à boire un Cappuccino extraordinaire, tout un dégustant la suite de mon bouquin.
Mais quelque chose attira mon attention, une affiche, sur laquelle étaient notés les prix des consommations… ainsi, je restai un temps assez considérable, seul client de ce café abandonné, à siroter des bières du pays tout en écrivant des bêtises et en lisant. Quand enfin je me décidai à laisser le pauvre maitre des lieux tranquille, j’étais affamé, et un peu titubant. Mais je n’avais plus vraiment assez d’argent pour retourner manger dans ce bon restaurant de la veille, j’entrai donc dans un autre bar pour continuer les aventures d’Alexandre Voisard. Le patron était chaleureux. Sans m’en rendre compte réellement, deux grandes pintes me furent servies, sur une bonne heure encore, les choses devenaient critiques ! Je savais qu’une soirée à thème “Eat all what you can” avait lieu à l’hôtel, et que je pouvais m’y rendre sans y avoir une chambre (puisque je partais à deux heures du matin pour rentrer), mais un doute, des plus heureux, m’assaillit en sortant de mon deuxième bar lecture, car il se faisait tard : auraient‐ils encore de quoi me sustenter à l’hôtel ? Je me nourri donc d’un Kebab délicieux à 2 euros avant de retourner au Celica, au pire, j’aurais toujours assez faim. Ma bonne étoile veillait, car il n’y avait plus rien ! Il n’était que 23 heures, et je commençais, premièrement, à être passablement ivre, deuxièmement, à m’ennuyer sévère ! Je n’avais plus adressé la parole à personne depuis des heures, et je n’aime pas ça. Je retournai donc au centre alternatifs punk‐anarchistes.
Le centre, le squat, le décès alternatif
Ils étaient tous là. Tous. Le jeune punk ne sachant pas vraiment pourquoi il est là, mais parce qu’il fait partie d’un gang, les choses prennent un sens.
L’homme mort d’ivresse, n’appartenant à aucun mouvement, venant se finir aux bières sans prix que l’on trouve dans ces endroits.
Cet être, les cheveux gras et sales, une ou deux dents en moins, une veste passées et pleine de symboles incompréhensibles.
Et lui, avec son chien se demandant si le sens de la vie doit vraiment être de suivre son maitre près du petit poêle qui chauffe la bicoque.
Voici un couple d’ados qui s’embrasse goulûment, dans un élan d’ivresse indescriptible, se léchant des visages dégoulinants de
sueur, collés l’un à l’autre tels deux escargots baveux, et tripotant leurs corps mous à pleines mains, aux yeux de ce vieil homme, barbe jusqu’au torse, qui hurle des théories incompréhensibles
à qui veut bien l’entendre, tandis qu’à ma droite, l’homme aux cheveux gras m’appréhende, tu es un touriste, offre moi une bière ! Que nenni ! Partageons ! Et m’introduit à un individu tout droit
sorti de la guerre. Crâne rasé, veston de cuir, air sérieux, (anglais pourri, presque autant que le miens) à qui une sorte de sous‐fifre que je n’avais pas encore vu, vint serrer la main (à lui
seul), comme en signe de respect, et lui offre une quantité non négligeable de chichon, qu’il me propose, avant de répondre à mon refus :
« tu es un bon, tu ne fumes pas de ça, je te connais, c’est la coke ton truc, tu as raison, ahahah ! »
Je faisais des allers et retours entre ce parrain de la mafia locale et le bar (j’appris un peu plus tard par une amie qui était allée à Ljubljiana un mois auparavant, qu’elle avait aussi eu affaire à ce bonhomme !), où la serveuse au visage d’ange, à qui j’aurais bien aimé faire la conversation en serbo‐croate, me servait des pintes infectes. À chaque fois, je retombais sur un type, au bout de sa vie, qui essayait son anglais avec moi. La musique était forte, le DJ ne passait que des airs du pays, ce qui change agréablement de Lady Gaga et Beyoncé, qui sont un peu les cheffes des soirées vénitiennes. De loin, je toisais cette serveuse au visage harmonieux, quand je me rendis compte que quelque chose clochait au niveau de sa tête… il lui manquait quelque chose sur la moitié gauche de son crâne, des cheveux ! Les survivants, joliment attachés, cachaient ce rasage arbitraire d’une rare laideur. Je détournai donc mon regard pour tenter de trouver quelque chose de plus intéressant… impossible. La seule autre dame était cette ado qui se laissait palper par un long benêt, et il aurait fallu avoir faim si je peux me permettre.
Alors, dans le froid intense, je partis pour la gare, où j’attendis bien trop longtemps, car les trains avaient du retard. Au petit matin, je m’endormis heureux de mon séjour.
Une petite constatation ethnologique au passage, que j’ai pu élaborer en Slovénie, où, évidemment, je ne comprenais pas un mot de la langue locale.
Les enfants sont des créatures odieuses et insupportables, dans tous les pays, et quel que soit l’idiome dans lequel ils produisent leurs sons stridents, irritants, et vides de sens !!
Retour à Venise
Et jeudi, retour chez Romain. Je le retrouve en milieu d’après‐midi, il attendait son partenaire de travail qui était en retard. Lorsque celui‐ci arriva, je reconnus mon chanteur de soirée ! Par chance, il ne portait aucune guitare avec lui. Comme je ne leur étais d’aucun renfort pour travailler, ils renoncèrent pour aujourd’hui. Alors, tout en faisant quelques courses, nous avons invité des gens à nous rejoindre et fait une fête digne des anales !
Le chanteur a ramené des Espagnols, des Chiliens, des Italiens, dont une Sicilienne très sympa.
De notre côté nous avons convié le fleuron de notre crew Erasmus. Au cours d’une conversation animée avec une demoiselle de Sarkozie, je me rendis compte que j’étais à côté de la nièce de Julien Clerc… bon, c’est pas terrible, mais le monde est petit quand même.
‐ Et il est sympa ton oncle ?
‐ Sais pas, mon père et lui se sont brouillés il y a longtemps, et en plus depuis qu’il a commencé à fréquenter la droite et Sarko, ça n’a rien arrangé.
Je venais de rencontrer une personne admirable dont le bon côté de la famille était plus Besancenot que Sarko. Quel bonheur ! Rendez‐vous compte, c’est comme si vous rencontriez le petit neveu punk de Freisinger, n’est‐ce pas extraordinaire ?
La soirée s’acheva très tard, très très tard, au son de la guitare de l’ami chilien, qui n’avait pu s’empêcher de retourner chez lui la chercher… je me passerai de commentaires pour cette fois, ça ne sert plus à rien je crois. Et en plus, je me suis endormi au milieu de son récital.
La haine
J’attends depuis bientôt une semaine un coli qui m’a été envoyé en express, dont j’ai un cruel besoin pour un examen qui,
aujourd’hui, est dans trois jours, autant dire que je pourrais annuler cet exa. Maudites postes italiennes !! Maudits Italiens en fait, je ne connais pas encore une seule administration qui ait
fonctionné comme je l’aurais voulu.
Le clou du spectacle se produisit hier au soir. Je venais de terminer mon commentaire composé sur Proust, et je suis retourné sur le site de l’uni pour m’assurer des dates d’examens auxquels je
m’étais inscrit avec succès une semaine auparavant (car il faut s’inscrire en ligne aux examens, un peu comme chez nous, sauf qu’ici c’est abominablement compliqué). Premièrement, une des dates
avait changé ! L’exa de dans trois jours est en fait beaucoup plus tard !! Tant mieux pour le bouquin, mais du coup j’ai loupé Naples pour rien, c’est quand même dommage.
Deuxièmement, et ça c’est déjà beaucoup plus rageant, je n’étais inscrit sur aucune liste !!! AUCUNE. Pourtant, il me semble que lorsque l’on lit les inscriptions prenotazione effetuatta, il n’y a pas à tergiverser longtemps. Cette inscription, je l’avais lue et relue cent fois la semaine précédente pour être absolument certain que j’avais bien fait mon petit travail d’Erasmsus tout gentil. Et bien RIEN DU TOUT ne fonctionne avec ces Erasmus !! Du coup je me suis réinscrit trois fois au moins à cet exa (notons au passage que rien ne vous dit “Vous êtes déjà inscrit à cet examen, inutile de le refaire une deuxième fois” ou quoi que ce soit de ce genre) et je ne sais toujours pas si les listes sont mises à jour. Puis, de retour sur la page Proust, sur les listes de laquelle je n’étais toujours pas, je tentai une réinscription éclaire… Prenotazione non effetuatta… on ne saurait être plus clair cette fois ci. Mais pourquoi ? Why ? Perché ? Porqué ? Warum ? aucune information. J’ai donc envoyé mon dossier et prié la professeure de me donner des infos ou, tout du moins, de m’accueillir malgré tout à son examen… je suis désormais, dans l’attente d’une réponse, et je réfléchis à l’éventualité de quand même fuir à Naples en attendant les exas, puisque je suis on ne peut plus prêt… excepté, bien entendu, pour le surréalisme, dont je n’ai toujours pas à ce jour reçu le livre si précieux !
Et en terme de scandales, pour l’instant, plus rien, on s’assagit, c’est triste, je mange même sainement durant mes longues journées d’ascète à Portogruaro. Ces traîtres de Venise ne songent à m’inviter chez eux qu’à la dernière minute, quand il n’y a plus de train où qu’ils arrivent si tard que ça ne vaut absolument pas la peine de quitter ma ville, tout fout l’camp ! De plus, il est désormais hors de question de rester dormir là‐bas, tant mes hôtes sont surchargés de travail, et qu’un bonhomme désoeuvré au matin n’est pas le bienvenu dans ce genre de climat. Il sera bientôt temps de rentrer, et de m’installer à Neuchâtel pour éviter toutes ces conneries d’allers et venues en bus, en train, à pied, à cheval ou en voiture.
Aïô! on a choisi le mauvais resto
Vous souvenez‐vous du Remer ? Il ne fait pas que bar, il fait aussi restaurant après l’apéro, et pour le départ de deux amies chypriotes, nous y sommes aller manger. Ce fut une grossière erreur.
Le charmant petit troquet se veut gastronomique, ce dont nous ne nous sommes rendus compte qu’une fois assis, fournis en vin, et carte sous les yeux.
Nous prîmes donc un premier plat pour 4 personnes (nous étions 8)… car le plat ne se paie pas selon lui‐même, mais par tête… 25€ per testa !!!! Ça fait très très cher le plat, même que c’était délicieux, comme nous étions 8 dessus, pour 12.50€, je n’ai pas vraiment eu l’impression d’être rassasié.
Evidemment, personne ne l’était, alors nous avons pris un deuxième plat qui cette fois valait son prix, mais quel prix.
Au final, entre les plats, le vin, le vin et l’eau (oui ben il faut bien aussi) nous en avons eu chacun pour 40€ … Voilà voilà, c’était la grande bouffe de Venise.
Vengeance, deux jours plus tard j’y suis retourné à l’heure de l’apéro, et je me suis empifré d’amuse‐bouche comme un sagouin… mais je pense que ça n’aura pas beaucoup pesé dans la balance…
Examens et fin
Le livre est arrivé la semaine dernière, le 25.01. Date d’envoi en express, 05.01. Je remercie chaleureusement la poste italienne pour sa vélocité légendaire. Heureusement, les erreurs informatiques dont j’ai déjà longuement parlé, avaient également échangé des dates d’exa, et ce n’était pas le 18, mais le 28, que je devais faire éloge des Surréalistes romands.
En Italie, il est inutile de chercher une logique quelconque à vos inscriptions pour les examens, en réalité c’est une catastrophe. Que je vous parle de tout cela un peu plus en détail :
On ne peut, par exemple, pas trouver le cours par le nom du professeur ou par un mot clé. Il faut absolument avoir le nom correct avec les majuscules è tutti quanti. Une fois que le cour est identifié, il faut bien faire attention à s’inscrire au bon, car plusieurs ont les mêmes noms, mais pas le même nombre de crédits, ou pas les mêmes codes (ah oui, les codes, avec eux non plus on n’arrive pas à trouver le cours… ne serait‐ce pas infiniment plus facile ?), donc attention à ne pas s’inscrire à n’importe quoi. Une fois que tout ceci est fait, il faudra jongler avec les listes d’étudiants inscrits sur lesquelles, en tant qu’Erasmus, vous n’apparaîtrez jamais, et vous creuserez la tête à comprendre quand et comment vous devrez passer vos oraux.
C’est très compliqué, alors comme on ne comprend rien et que parfois certains examens n’apparaissent même pas sur les listes, il faut entrer dans les profondeurs du site internet pour signaler une erreur dans le système, et se faire inscrire par défaut en quelque sorte. Ceci fait, j’envoie un mail à ma prof pour quelques détails administratifs. Il faut savoir qu’en Italie, on vous donne un petit livret de note dans lequel le professeur doit inscrire son appréciation et y apposer sa signature. Sans ce dit livret, vous n’aurez pas vos crédits, car il devra être dûment remis à la responsable des étudiants. Alors pour être sûr que ça fonctionne bien, j’écris à la prof, qui me répond : « Ah bon, vous me confirmez donc votre inscription, vous n’êtes sur aucune liste, et votre camarade de Lausanne non plus d’ailleurs ». Les merveilles de l’informatique…
Puis la session commence, première nouvelle, les trains seront en grève les deux jours de mes trois seuls examens… grazie Trenitalia. Je m’incruste donc à Venise pour quelques temps, vais à mon premier exa, jusque là, tout va bien.
Le lendemain, je me ridiculise devant ma deuxième prof, qui me regarde comme le dernier des imbéciles, je n’avais en fait pas vraiment bien compris la nature du cours et n’avais pas répété ce qu’il fallait. Un écrit pas trop mauvais que j’avais dû rendre m’a sauvé la mise, et, toujours en me toisant de sa pitié, elle me dit : « C’est un peu décevant comme oral M. Strahm, je ne vous mettrai donc qu’un 26 ».
Oh, ici on note sur 30, et je me voyais déjà m’humilier, implorant la gente dame d’au moins me mettre le 18 en dessous duquel on recale les étudiants. Quand elle m’annonça la sentence, je la remerciai chaleureusement, elle ne comprit pas, et je m’en allai content, pour mon deuxième examen du jour, et là, ça devient intéressant.
C’était mon seul examen en italien, sur les Surréalistes et leur impact en Suisse romande, que j’avais enfin pu préparer puisque mon bouquin était arrivé à bon port.
Comme, sur le site internet, était écrit que l’examen débutait à 9h30, et que celui de français était à 10h, j’avais écrit au prof d’italien pour lui demander s’il savait précisément à quelle heure passaient les concurrents, ce à quoi il m’avait répondu : "vieni a qualsiasi ora ti sia possibile, anche nel pomeriggio".
Car voici une des joies du système italien des examens oraux :
TOUT le monde est convoqué le matin, et ce n’est qu’à ce moment là qu’on te donne une liste, qui n’inclut nullement les heures de passage, seulement l’ordre de passage, puisque le temps est flexible, cela dépend du feeling, de l’humeur, de ce que tu as à dire ou de ce que le prof a à dire. Alors, que faire ? Il faut rester là à attendre ton tour, toute la journée. Et quand je suis arrivé dans l’après‐midi, je me suis mis à poiroter pendant deux ou trois heures, quand le prof s’est enfin rendu compte qu’il y avait beaucoup trop d’inscrits pour faire passer tout le monde le jour même, et de renvoyer quelques volontaires au lendemain, volontaire dont je fis partie, évidemment, puisque contrairement aux autres, je n’attendais pas depuis longtemps.
Ah ! Le temps n’est pas géré ici comme dans notre horloge helvétique, il semblerait même que ces fiers habitants du sud sachent mieux prendre les aléas de l’horaire que nous. C’est assez agaçant, en vérité, pour les habitués du quart d’heure vaudois, ou des examens strictement chronométrés de M. Kristol, mais il y a un côté relaxant à savoir relativiser le charcutage des journées en heures, minutes ou secondes. Au final, j’adhère.
Et désormais je suis libre, tout est fini, je rentre à Portogruaro après trois jours sur Venise, faire les derniers rangements et me préparer au départ, dont je ne connais pas encore tout à fait la date. À l'heure où je poste ceci, je ne suis pas encore parmi vous!
Il est temps de clore ce blog, après bientôt six mois de chroniques, qui ont passé à une grande vitesse.
Volonté de rester, de continuer à vivre ces expériences enrichissantes, jour après jour, sans penser à l’heure du retour, et d’emplir encore sa mémoire d’événements uniques, de lieux et d’êtres.
“Le souvenir d’une certaine image n’est que le regret d’un certain instant ; mais les maisons, les routes, les avenues, sont fugitives, hélas, comme les années”.